Mon allocution lors du bureau de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie

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Monsieur le Président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire et Président de l’APF, Cher Amadou Soumahoro, 

Monsieur le Délégué général des Gouvernements de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Wallonie en France, Cher Marc Clairbois, 

Messieurs les Présidents d’Assemblées, 

Madame l’Administratrice de l’Organisation internationale de la Francophonie, Chère Catherine Cano,  

Monsieur le Directeur de Cabinet de Mme la Secrétaire générale de la Francophonie, 

Excellences, Mesdames et messieurs les ambassadeurs, 

Mesdames et Messieurs les représentants des corps diplomatique et consulaire, 

Mesdames et messieurs les représentants des opérateurs de la Francophonie, 

Mesdames et messieurs, chers collègues parlementaires, 

Mesdames et messieurs en vos titres et qualités, 

Chers amis francophones, 

J’aime les cérémonies de vœux parce qu’au-delà du bilan et des perspectives, elles sont des moments de convivialité, de fraternité et d’échanges.  Elles nous engagent à l’optimisme et à l’espérance. 

On célèbre la nouvelle année, qui porte en elle une promesse d’avenir meilleur pour soi et pour les autres. 

C’est donc avec un réel plaisir que je vous souhaite sans plus attendre une belle et heureuse année pour vous et tous ceux qui vous sont chers mais aussi à la Francophonie institutionnelle qui s’apprête à fêter son cinquantième anniversaire et que nous accompagnerons jusqu’au sommet de Tunis. 

L’heure sera alors de faire un bilan et de tracer des perspectives d’avenir. 2020 sera donc, j’en suis certain, une grande année de transformation et d’évolution de notre histoire collective et individuelle pour chacune de nos institutions.

Le monde, en pleine mutation, en proie à de nombreux défis, nous y oblige. 

C’est un monde complexe, confronté à de multiples dangers qui naît sous nos yeux : la montée de l’obscurantisme, les menaces de conflits, l’extrémisme sournois ou violent, la destruction de l’environnement, le défi climatique, et les tentations populistes. 

Nous vivons au même moment une révolution scientifique et technologique sans précédent qui bouleverse notre rapport à l’autre.

On s’oriente vers un monde qui pourrait être radicalement différent de celui dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

Face à ces enjeux, il y a deux options possibles :

  • Faire l’autruche et dans ce cas nous mourrons dans l’indifférence générale.
  • Refuser la fatalité, affronter de face les défis et avoir l’audace de proposer une autre histoire à l’humanité, rejetant celle qu’on nous impose.

L’uniformisation des idées véhiculées par une seule langue, censée faciliter la communication pour rapprocher les peuples, a montré ses insuffisances.  

 La confrontation des idées est le seul moyen de trouver des solutions innovantes et échapper à la morosité ambiante qui n’appelle qu’au fatalisme et engendre le fanatisme et le repli sur soi. 

Si la francophonie institutionnelle a fait le choix de promouvoir la diversité culturelle et linguistique, c’est aussi pour mettre au-devant de la scène internationale le débat d’idées entre des nations indépendantes. 

Nous n’avons pas le droit de baisser la garde et de jeter sur l’autel de la mondialisation le combat des idées. C’est pourquoi, promouvoir le retour du français et du multilinguisme dans les instances internationales et européennes reste la priorité. La langue n’est pas seulement un moyen de communication. Elle constitue une structure de pensée, propre à chacun des peuples, à laquelle chaque nation s’identifie et s’ouvre au monde.

Alors en 2020, c’est tous ensemble que nous devons engager un plaidoyer : Secrétaire générale, OIF, APF, AUF, TV5 Monde, AIMF, Université Senghor. 

Mesdames et messieurs, 

Oui, il est temps de faire entendre la voix singulière de la Francophonie. 

Il est temps de créer toutes les conditions pour que la communauté francophone, unie par la langue française, prenne conscience de sa force et de l’espoir qu’elle peut susciter pour les générations à venir.

Aujourd’hui on néglige la culture dans la diplomatie. A tort.

C’est par sa dimension culturelle que la Francophonie s’est constituée. 

C’est par elle qu’elle s’est s’affirmée comme un dialogue ininterrompu, une complicité́ grandissante, une symbiose réaffirmée entre les peuples. 

Si nous voulons conserver à ce monde un visage humain, si nous voulons prévenir les conflits, alors il faut agir sur la culture, la création, les sciences, l’éducation mais aussi bien évidemment sur la défense des libertés d’expression, la défense des libertés individuelles et fondamentales.  

Si le monde de demain porte en lui des dangers pour l’être humain et l’environnement, chacun d’entre nous, individuellement et collectivement peut les vaincre en y apportant une réponse moderne et intelligente. 

2020 nous engage à la réflexion afin de dessiner les contours de la Francophonie à laquelle nous aspirons tous.

Il nous faudra aussi analyser les raisons pour lesquelles nous peinons à nous faire entendre. Pourquoi nos institutions sont-elles méconnues ? pourquoi le discours n’évoque-t-il plus rien de concret auprès de nos populations ? 

Pour sortir de nos schémas politiques et institutionnelles, il faut que nous comprenions l’évolution comportementale de nos sociétés. 

Nos nations sont aujourd’hui composées de l’addition d’individus qui ne font plus corps pour une cause commune. 

Or, l’individualisme ne vaut que s’il est solidaire, que s’il remplace la volonté de puissance par la volonté de concorde. 

Le premier des droits est l’enregistrement sur les registres d’état civil de tous les enfants. Il faut aussi donner plus de moyens à l’Education et lutter contre l’illettrisme. Eduquer, cultiver, c’est aussi lutter contre l’ignorance qui nourrit l’intolérance. 

Plus l’individu sera éclairé, respectueux des libertés fondamentales, plus il sera porté à faire son devoir en tant que citoyen, le bien en tant qu’humaniste et sera porté par altruisme vis-à-vis de son prochain qui est aussi bien son voisin de palier que son frère qui habite au bout du monde.

Notre destin individuel et collectif repose donc sur la responsabilité de chacun d’entre nous. 

« Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde » disait Gandhi.  C’est ce à quoi nous devons nous attacher. Ce qu’il faut aujourd’hui c’est un humanisme militant.

Alors en ce début d’année si importante pour la Francophonie, rappelons-nous les mots de Léopold Sédar Senghor au siège de l’ACCT en 1985 :  « Le succès de la Francophonie dépendra de l’efficacité des structures et des hommes qui prennent en charge l’accomplissement du projet. »

Et en 2020, c’est bien à cela que nous devons nous attacher. L’APF s’est engagée dans une nouvelle dynamique politique. 

Notre nouveau cadre stratégique, en lien avec la programmation quadriennale de l’OIF, doit nous permettre d’engager des actions communes et concrètes.

Parallèlement, nous nous sommes engagés à la modernisation de nos statuts et du fonctionnement du secrétariat général.  

En 2020, nous avons la délicate mais passionnante tâche d’engager collectivement des changements majeurs en matière de gouvernance de l’APF, axée sur l’amélioration de la transparence, l’égalité femmes-hommes, la jeunesse, la coopération, la solidarité et la montée en compétence de nos parlements membres. 

Ce n’est pas chose aisée de bousculer les habitudes et avoir l’audace de revisiter l’organisation de notre institution et de notre secrétariat général.

Et pourtant, nous l’avons décidé collectivement à Abidjan. 

Le président Soumaharou souhaite que notre fonctionnement devienne l’expression pragmatique et administrative de l’ambition politique de l’APF au sein de la Francophonie. 

Mesdames et Messieurs, 

Nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer une modernisation de l’architecture de la Francophonie pour redéfinir le rôle de chacun et les objectifs de notre organisation recentrés sur son socle : la langue française et la coopération.

Ces changements nécessaires forgeront une identité institutionnelle plus affirmée pour faire entendre d’une seule voix le projet politique de cette communauté de nations. Plus lisible, plus visible et par conséquent plus influente. 

C’est tous ensemble que nous nous réinventerons. 

Et si 2019 était l’année du neuf, 2020 est certainement celle du rassemblement de nos différentes institutions pour fêter dignement le cinquantième anniversaire de la francophonie et être force de proposition pour le sommet de Tunis. 

En 2020, Tous pour un, un pour tous pour la Francophonie des nations, unis autour de la langue française et du multilatéralisme.