Mon allocution lors de la venue des ambassadeurs francophones à Château-Thierry, sur les pas de Jean de La Fontaine

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Monsieur Luca Niculescu, ambassadeur de Roumanie, Président du Groupe des Ambassadeurs Francophones, 

Mesdames les ambassadrices

Messieurs les ambassadeurs, 

Excellences

Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités 

C’est avec plaisir, fierté et une certaine émotion que je vous accueille aujourd’hui, ici, à Château-Thierry, au cœur de la cave de champagne la plus illustre des Portes de la Champagne, après la Cité internationale de la langue française, pour célébrer, dans sa ville natale, le 400ème anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine. Quoi de plus naturel puisque Jean de La Fontaine le déclarait lui-même : « Je suis un homme de Champagne. »

Je dois bien avouer que l’idée de réunir le groupe des ambassadeurs francophones, sur les terres de Jean de la Fontaine, et leur proposer de lire des fables en hommage au fabuliste relevait au départ d’un projet original et quelque peu insolite. 

C’est pourtant avec enthousiasme que vous avez accepté mon invitation.  Sans doute parce que, comme moi, vous avez compris la portée symbolique de cet événement et que vous aviez envie de connaitre l’homme qu’était Jean de La Fontaine pour mieux appréhender son œuvre.

Découvrir l’homme, c’est donc venir ici, puisqu’ « On tient toujours du lieu dont on vient ». Et c’est à Château-Thierry, pas loin d’ici, qu’il est né le 8 juillet 1621. C’est ici qu’il a grandi, fait ses études avant de partir pour Paris. 

Paris où je le retrouverai lundi, au Jardin du Ranelagh, et à l’occasion d’autres rendez-vous. 

Pour appréhender l’œuvre de Jean de La Fontaine et ce n’est pas simple, le personnage était complexe, il faut comprendre que le bonhomme étourdi, pourtant Maître des Eaux et Forêts, n’a jamais cessé de s’émerveiller de la nature, et n’a jamais fait taire l’enfant qui sommeillait en lui. 

Cet émerveillement plus subtil que naïf a su séduire, plus tard, ses lecteurs, les a fait quitter les salons mondains, les a fait sortir hors de la ville pour être parmi les arbres, les herbes et les eaux si chers à Jean de La Fontaine, pour venir dans sa ville, ses champs et puis dans la campagne environnante, dans les fermes de la Tuèterie et de la Trinité.

Si Jean de La Fontaine, avec ses fables, puits sans fond d’analyses, c’est avant tout l’amour pour la nature et le goût des plaisirs de la vie, ceux d’un épicurien ; « J’aime le jeu, l’amour… La ville et la campagne » aimait-il répéter. Tout est dit. La ville et la campagne : Paris et Château-Thierry que nous associons, nous rapprochons à l’occasion de cet anniversaire. 

Mais loin d’opposer la nature à la société, il nous rappelle souvent que la campagne, la bonne nature favorisent l’amitié, l’amour et la fraternité. 

Pour autant, s’il est admiratif des trésors de la nature, il a en revanche un regard aiguisé sur ses semblables.  Il n’a pas d’illusions sur eux ; mais, et c’est important de le souligner, il ne se pense pas meilleur qu’eux.

La Fontaine ne recherche donc pas la campagne et la nature pour s’isoler et se consoler des hommes. Ce n’est pas un révolutionnaire. Il ne souhaite pas renverser l’ordre du monde. Mais avec une écriture affutée et une subtile impertinence, il dépeint avec précision et finesse toutes les imperfections du genre humain en nous faisant réfléchir avec des animaux qui parlent et une morale qui nous interroge sur nos actes. 

C’est tout le génie du fabuliste et la force de l’art engagé nous amener à réfléchir avec une bonhomie espiègle. 

400 ans après sa naissance, les fables de Jean de La Fontaine n’ont pas perdu ni de leur pertinence ni de leur verve. 

Les raisons de ce succès sont multiples. La première, selon Patrick Dandrey, professeur à la Sorbonne, président de la Société des amis de Jean de La Fontaine, qui nous fait l’honneur d’être parmi nous c’est que dans un monde qui a naturellement tendance à diviser les gens, « nous avons besoin d’un espace de partage, avec de références communes, culturelles, émotionnelles, intellectuelles et imaginatives ». Cher Patrick, dans votre dernier numéro du Fablier, vous nous démontrez comment les fables apparaissent comme des éléments de la littérature d’idées. Elles sont éminemment politiques et même plus largement philosophiques. 

Au-delà de la qualité et de l’originalité des fables, il est essentiel, dans un monde ébranlé par des crises multiformes, d’insister sur les morales politiques et sociales de Jean de La Fontaine. Elles font d’ailleurs écho aux valeurs de la francophonie prônées par ses pères fondateurs et dont nous sommes les dépositaires, vous en tant qu’ambassadeurs, membres du Groupe des ambassadeurs francophones et moi en qualité de député de l’Aisne et Secrétaire général parlementaire de la Francophonie mais aussi … ambassadeur surtout du Sud de l’Aisne et de Jean de la Fontaine. 

Permettez-moi de vous faire une confidence : l’ombre du fabuliste m’a toujours accompagné à titre personnel comme dans ma vie d’élu. Les valeurs humaines des morales ont guidé mon action politique : le goût du travail, la solidarité envers les plus faibles, la coopération nécessaire à la réussite de chacun, le respect des hommes et de la nature… C’est mon ADN. 

C’est pourquoi, maire de Château-Thierry, j’ai souhaité que Jean de La Fontaine retrouve toute sa place au sein de la cité. En 2011, il y a dix ans, nous avons placé sa statue en plein cœur de la ville, pour qu’il puisse ainsi parler au cœur des Castelthéodoriciens et des visiteurs de notre ville. Nous avons également mis en scène près de 10 fables en différents endroits de la ville. 

Et, depuis mon élection à l’Assemblée nationale, à chacune de mes interventions, je cite dans l’hémicycle ou à l’international quelques extraits de fables pour renforcer mon propos. 

Alors vous pouvez imaginer la fierté qui est la mienne de vous voir réunis pour célébrer le 400ème anniversaire de la naissance de Jean de La fontaine, dans la cité des fables. 

Mais plus qu’un hommage à Jean de La Fontaine, je vois, dans votre participation enthousiaste à cet événement, votre engagement sincère et votre détermination farouche à promouvoir les valeurs de la Francophonie et à la développer au sein des territoires. 

C’est ainsi, j’en suis convaincu, que nous réussirons à faire émerger ce sentiment d’appartenance à la communauté francophone, fière de ses valeurs, consciente de son dynamisme et de sa force.

C’est par la promotion du respect de la diversité linguistique et culturelle, en portant les valeurs chères à La Fontaine, que le monde trouvera son unité et l’universalité à laquelle il tend encore maladroitement.  

Aujourd’hui, à Château-Thierry nous affirmons avec conviction, ses mots : « Diversité est ma devise » et nous aspirons à l’universalité, à laquelle nous invite Léopold Sédar Senghor dont nous commémorerons les 20 ans de sa mort en fin d’année.  

Jean de la Fontaine et Léopold Sédar Senghor nous invitent l’un et l’autre en effet à construire un monde plus solidaire, juste et fraternel puisqu’ « il se faut entraider, c’est la loi de nature » (l’âne et le chien). 

La crise sanitaire que nous subissons depuis un an en témoigne largement. 

La fraternité et la solidarité ont été nos armes de défense pour vaincre « ce mal qui répand le terreur » (Les animaux malades de la peste)

En fait, les valeurs universelles prônées par Senghor ont démontré leur efficacité. 

Et « En tout chose, il faut considérer la fin » (le Renard et le Bouc), la prise de conscience de l’interdépendance non seulement des femmes et des hommes à travers le monde, mais aussi celle des conséquences provoquées par cette crise sanitaire doivent donc nous élever à un niveau supérieur. 

« Quand le mal est certain, la plainte, ni la peur ne change le destin » (Le Cochon, la Chèvre et le Mouton) mais il est aujourd’hui essentiel de poser les bases d’un nouvel ordre mondial qui place l’être humain et l’avenir de l’humanité au cœur de l’action politique, économique et sociale.

Et, dans ce cadre, la Francophonie peut faire entendre sa voix, riche de sa diversité et unie par cette communauté d’hommes et de femmes, fiers de leurs fondements ethnoculturels, dépositaires d’une histoire assumée, d’un présent commun et d’un avenir partagé.

Un certain nombre d’intellectuels, de philosophes, d’hommes politiques pensent d’ailleurs aujourd’hui que les grands espaces linguistiques prendront de plus en plus d’importance sur le plan géopolitique au cours du XXIème siècle. 

Aujourd’hui on néglige à tort la culture. Pourtant c’est par sa dimension culturelle que la Francophonie s’est constituée. 

C’est par elle qu’elle s’est s’affirmée comme un dialogue ininterrompu, une complicité grandissante, une symbiose réaffirmée entre les peuples. 

Enfin, « Si toute puissance est faible à moins que d’être unie » (le Vieillard et les enfants), alors convions tous les peuples du monde à ce « banquet de l’Universel», auquel Senghor nous convie. 

Et commençons par renforcer ce lien qui nous unit par la redécouverte des morales des Fables de Jean de La Fontaine, dans toute leur diversité et universalité. 

C’est je pense le plus bel hommage que l’espace francophone pouvait lui rendre, lui qui  concluait dans le pouvoir des fables : « (…)  Si peau d’âne m’était conté, j’y prendrais un plaisir extrême. Le monde est vieux, dit-on ; je le crois, Cependant, il le faut amuser comme un enfant » … 

Amusons-nous donc, 

Champagnons, 

Vive la diversité et l’universalité

Vive Jean de La Fontaine

Vive Château-Thierry 

Vive le Groupe des ambassadeurs francophones

Vive la Francophonie 

Je vous remercie.