Tribune publiée dans le journal Libération : En finir avec les essais nucléaires

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Par Bruno Tertrais, Membre du groupe de personnalités éminentes de l’Organisation du Tice, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique , Michel Fanget, Député, président du groupe d’étude pour l’entrée en vigueur du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice) à l’Assemblée nationale , Jacques Krabal, Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la francophonie , Richard Rakotonirina, Ministre de la Défense nationale de Madagascar , Christine Razanamahasoa, Présidente de l’Assemblée nationale de Madagascar , Lova Rinel, Coordonnatrice de la campagne internationale pour l’entrée en vigueur du Ticeet Lassina Zerbo, Secrétaire exécutif de l’Organisation du Tice — 28 août 2019 à 18:46 (mis à jour à 19:22)

Tir de missile en Corée du Nord, le 31 juillet.
Tir de missile en Corée du Nord, le 31 juillet. Photo AFP 

En cette journée internationale contre les essais nucléaires, plusieurs personnalités appellent les huit pays qui ne l’ont pas fait (parmi lesquels les Etats-Unis ou la Corée du Nord) à ratifier le traité d’interdiction international.

  •   En finir avec les essais nucléaires

Tribune. Six : c’est le nombre d’essais nucléaires auxquels la Corée du Nord (RPDC) a procédé depuis 2006, après avoir développé, illégalement et secrètement, un programme nucléaire. Elle est le seul Etat à y avoir eu recours depuis 1998. Ainsi, la Corée du Nord représente peut-être la plus grave crise de prolifération nucléaire du XXIe siècle. Tant qu’elle n’aura pas procédé au démantèlement complet, vérifiable et irréversible de son arsenal nucléaire et balistique, ces derniers continueront de représenter une menace pour la région et pour le monde. Il est un geste simple pourtant que la RPDC pourrait effectuer, dès à présent, pour démontrer sa bonne foi : signer et ratifier le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice).

Nous vivons une époque dangereuse. Les crises se multiplient, la concurrence en matière d’armement s’intensifie et, peu à peu, le multilatéralisme semble s’effacer devant la loi du plus fort. La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs se poursuit. Loin de nous tétaniser, ce contexte doit nous pousser à l’action.

Il est plus que jamais nécessaire de préserver l’intégrité des normes de non-prolifération et en premier lieu le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui fêtera l’an prochain son 50e anniversaire. Or c’est la combinaison de ce traité et d’un régime fiable et robuste d’interdiction des essais nucléaires qui nous permettra de mettre un coup d’arrêt définitif à la prolifération nucléaire.

En 1963, au lendemain de la crise des missiles de Cuba, les Etats-Unis et l’URSS s’entendirent sur un traité d’interdiction partielle des essais nucléaires ; deux autres traités de limitation furent signés en 1974 et 1976 en vue de mettre fin à la course aux armements et d’avancer sur le chemin du désarmement nucléaire. Mais c’est bien le Tice, fruit de cet héritage, qui a permis à la fin de la guerre froide de réaliser l’ambition d’un monde sans essais nucléaires. La France fut le premier Etat doté d’armes nucléaires, avec le Royaume-Uni, à ratifier le Tice, ouvert à signature en 1996, car c’est un traité irremplaçable pour notre sécurité collective. La France est même allée plus loin puisqu’elle est le seul Etat doté d’armes nucléaires à avoir démantelé, de manière transparente et irréversible, son site d’essais dans le Pacifique.

Le Tice engage les 184 Etats qui l’ont signé à ne pas effectuer d’explosion d’arme nucléaire en tout lieu et en toutes circonstances. Il va d’ailleurs au-delà de l’interdiction des essais, puisque – comme le précise son préambule – il contribue à freiner le développement et l’amélioration qualitative des armes nucléaires. Il sert également des objectifs de non-prolifération : un Etat développant un programme nucléaire ne pourrait obtenir une arme crédible sans procéder à des essais.

Enfin, il apporte également un instrument inédit jusqu’alors : un véritable système de vérification par la mise en place de capteurs et d’inspections. Au jour le jour, 321 stations sondent la planète afin de déceler rapidement et localiser avec précision d’éventuelles explosions, garantissant ainsi qu’aucun Etat ne mène clandestinement d’essais nucléaires. C’est bien grâce au système de surveillance international prévu par le Tice que les tests nord-coréens ont tous pu être détectés.

Si l’ouverture à signature du traité a déjà permis de grands progrès, celui-ci n’est toujours pas entré en vigueur car huit pays doivent encore le rejoindre : la Chine, la Corée du Nord, l’Egypte, les Etats-Unis, l’Inde, l’Iran, Israël et le Pakistan. En cette journée mondiale contre les essais nucléaires, nous les appelons donc à signer et ratifier le Tice.

Pour progresser sur la voie d’une société sans arme nucléaire, au-delà des intentions, seuls les gestes concrets comptent. L’entrée en vigueur du Tice est la première étape, logique et nécessaire, sur la voie d’un monde plus sûr.Bruno Tertrais Membre du groupe de personnalités éminentes de l’Organisation du Tice, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique , Michel Fanget Député, président du groupe d’étude pour l’entrée en vigueur du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice) à l’Assemblée nationale , Jacques Krabal Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la francophonie , Richard Rakotonirina Ministre de la Défense nationale de Madagascar , Christine Razanamahasoa Présidente de l’Assemblée nationale de Madagascar , Lova Rinel Coordonnatrice de la campagne internationale pour l’entrée en vigueur du Tice ,Lassina Zerbo Secrétaire exécutif de l’Organisation du Tice