Mon allocution lors du dévoilement du timbre Jean de La Fontaine

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Monsieur le président de l’Assemblée nationale, 

Monsieur le Président du groupe La Poste, 

C’est tout à la fois un honneur, une certaine fierté mais aussi un plaisir personnel d’être auprès de vous, Monsieur le président de l’Assemblée nationale, cher Richard, pour cette cérémonie de dévoilement du timbre Jean de La Fontaine, le jour même de son 400 ème anniversaire.

Un honneur d’abord, Monsieur le président du Groupe la Poste parce que chaque timbre émis témoigne de la richesse des territoires mais aussi du patrimoine national et international. Personnages célèbres, monuments, œuvres d’art… les images reflètent au fil du temps les grands événements qui ont marqué l’Histoire tout comme notre mémoire individuelle et collective. 

A travers ce timbre et cette cérémonie c’est donc le poète qui est célébré, le philosophe politique mais aussi le territoire, le sud de l’Aisne, terre natale de Jean Racine ou d’Alexandre Dumas ; et bien évidemment Château-Thierry avec la maison natale de Jean de La Fontaine, ville natale du fabuliste dont j’ai rêvé un temps qu’elle devienne la capitale mondiale des fables comme me l’avait proposé Yves Becquet,  qui sont mis à l’honneur. 

C’est aussi célébrer la langue française et les valeurs de la Francophonie. 

Une fierté ensuite parce que le 400 ème anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine a permis d’engager de nombreuses initiatives dans le milieu scolaire, culturel, associatif et de la société civile à Château-Thierry, dans tout le département, en France et même à l’international. Je voudrais ici mettre en avant le concours national et la remise des prix à Château-Thierry, la venue du Président de la République et de Fabrice Luchini.

Et je veux, ici exprimer mes remerciements à Monsieur le Préfet, Ziad Khoury,  et à Nicolas Fricoteaux, Président du Conseil départemental, qui ont su créer une véritable dynamique départementale autour de Jean de La Fontaine avec une ambition affichée de mobiliser nos communes et associations autour du fabuliste. 

L’engouement suscité par ce 400 ème anniversaire a aujourd’hui dépassé largement le Sud de l’Aisne.

Pas un jour ne se passe sans qu’on n’évoque Jean de La Fontaine dans les médias en France mais aussi à l’étranger, sans qu’un livre ne soit édité, comme en témoigne Gallimard qui édite la Pléiade.  Le Puy du Fou propose même un spectacle : « Le monde imaginaire de La Fontaine ». Des colloques sont organisés, des rendez-vous culturels comme les rencontres de Psyché à Château-Thierry présidées par Patrick Dandrey, Président des Amis de Jean de La Fontaine …  Comment pourrait-il en être autrement avec Jean de La Fontaine qui nous invite comme lui à aimer : « le jeu, les livres, l’amour, la ville et la campagne » 

C’est donc enfin un véritable plaisir parce que vous le savez, les valeurs humaines de ses morales ont guidé mon action politique : le goût du travail, la solidarité envers les plus faibles, la coopération nécessaire à la réussite de chacun, le respect des hommes et de la nature… Autant d’axes de travail législatif auquel le président Ferrand est sensible.

Jean de La Fontaine a toujours été pour moi un vecteur pour promouvoir Château-Thierry et tout le territoire du Sud de l’Aisne. 

Maire de Château-Thierry pendant 9 ans, j’ai souhaité que Jean de La Fontaine retrouve toute sa place au sein de la cité. D’abord, en rénovant de fond en comble sa maison natale et puis en plaçant la belle statue de Laitié au cœur de la ville. Elle accueille, depuis, les visiteurs et rappelle aux Castelthéodoriciens qu’ils sont les héritiers du fabuliste.  

Au niveau national ensuite. Depuis bientôt 10 ans, mes interventions dans l’hémicycle sont ponctuées de quelques extraits de fables. Il me paraît en effet essentiel, dans un monde ébranlé par des crises multiformes, d’insister sur les morales politiques et sociales de Jean de La Fontaine. 

Un trait de fable vaut mieux bien souvent qu’un long discours : « Toute puissance est faible à moins que d’être unie » ; « De tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands » ; « il se faut entraider, c’est la loi de nature » ; « en toute  chose il faut considérer la fin »… Mais aussi cher Richard : «  Ne faut que délibérer, la cour en conseillers foisonne. Est-il besoin d’exécuter, l’on ne rencontre plus personne » (Conseil tenu par des rats).

Au niveau international, enfin, depuis 2018, dans le cadre de mes fonctions de Secrétaire général parlementaire de la Francophonie 

C’est donc – j’allais dire– tout naturellement que j’ai mis tout en œuvre pour organiser un programme d’évènements institutionnels et culturels à l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance pour nous retrouver sur les traces de Jean de La Fontaine de Château-Thierry à Paris et de Paris à Château-Thierry.  

Depuis début juin, nous organisons des événements avec des allers/retours entre les deux villes comme il a dû le faire de son vivant.  En effet, rappelons-nous que même après être devenu Gentilhomme servant au Palais du Luxembourg, auprès de Marguerite de Lorraine, veuve du frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, il a continué pendant 7 ans au moins à dire qu’il demeurait « ordinairement à Château-Thierry »

Le programme que nous souhaitions riche, varié a comme fil conducteur « Diversité est ma devise », l’universalité notre horizon puisqu’au-delà de la qualité et l’originalité des fables, il me semble important d’insister sur les messages politiques et sociaux que Jean de La Fontaine nous délivrait et qui sont toujours d’actualité. 

D’abord sur le territoire ; bien évidemment parce que je n’oublie pas qu’« on tient toujours du lieu dont on vient », le 4 juin, le groupe des ambassadeurs francophones est venu découvrir la richesse et la diversité  du Sud de l’Aisne : le champagne, les forêts, la culture…  Ils ont visité le chantier de la future Cité internationale de la langue française. Puis à Château-Thierry, les ambassadeurs francophones ont lu des fables de leur choix. Au-delà du moment convivial, ils ont délivré, à travers les morales choisies, des messages de fraternité, solidarité entre les peuples et leurs pays. C’est tout le pouvoir des fables ! Le divertissement en premier lieu pour se terminer par une morale politique ou sociale qui nous frappe en plein cœur ou nous interpelle. 

Le 6 juin, nous étions une centaine autour de la gigantesque statue du Corbeau et le Renard au jardin du Ranelagh dans le 16 ème arrondissement où Patrick Dandrey, Président des Amis de Jean de La Fontaine, a brillamment commenté la fable. Le 7 juin, l’institut Français et la Monnaie de Paris célébraient à leur tour le 400 ème anniversaire de Jean de La Fontaine. 

Depuis le 22 juin, une exposition à la bibliothèque de l’Assemblée nationale lui est consacrée. Quelques rares trésors sont à découvrir comme par exemple un exemplaire exceptionnel de Fables, Contes et Illustrations – Edition dite des Fermiers généraux mais aussi l’analyse comparative de la même œuvre mais écrite par Esope, Phèdre et Jean de La Fontaine, issue de l’ouvrage Les Trois fabulistes : Esope, Phèdre et La Fontaine par Chamfort et Gail.   Je tiens à remercier Guillaume Bazin, son directeur, et Léa Ferrez-Le Guet pour la qualité de cette exposition mais aussi leur disponibilité et leur apport à la redécouverte des fables. 

Enfin, le 8 septembre, nous organiserons un petit déjeuner à l’hôtel de la Questure qui aura pour thème : De Jean de La Fontaine à Léopold Sédar Senghor : « Diversité est ma devise », l’Universalité notre horizon ! 
L’objectif de ce débat est de montrer toute la modernité des messages délivrés par Jean de la Fontaine et du cap politique de la Francophonie que nous souhaitons atteindre : l’universalité des droits humains et la justice sociale, si chère à Léopold Sédar Senghor dont nous commémorerons le 20 ème anniversaire de sa mort en fin d’année.

C’est pourquoi aussi je pense qu’il serait nécessaire que chaque élu ou candidat à une élection se replonge dans la lecture des fables.  Relire Jean de La Fontaine, c’est en effet une véritable source d’enseignement politique et social. 

 Le fabuliste dépeint sans aucune indulgence, de façon précise et aiguisée, les défauts de ses contemporains.  

400 ans après, l’observation sans complaisance des comportements pourrait être risible si ceux-ci ne fragilisaient pas notre démocratie : du rat avare au singe hypocrite, du lion orgueilleux au renard rusé, de l’âne soumis à l’ours violent, du cerf narcissique à la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf… Ce bestiaire reste malheureusement d’actualité. 

Nos habitants n’en sont pas dupes et réclament des valeurs humaines et un engagement total qui n’est légitime que s’il est sincère à l’intérêt général et à la lutte contre les injustices.

Puisse le 400 ème anniversaire de Jean de La Fontaine Château-Thierry faire comprendre que les mots n’ont de sens que lorsqu’ils s’accompagnent d’actions en faveur du développement économique, culturel et social pour que chacun puisse trouver une place à ce grand banquet de l’universel auquel nous aspirons tous. 

Il appartient donc à chacun d’entre nous de faire que ces morales irriguent tous les cœurs et les esprits pour qu’enfin, « Diversité soit notre devise et l’universalité notre horizon. 

Vive Jean de La Fontaine !

Je vous remercie.