Mon allocution lors de la conférence sous-régionale sur le thème « Contrôle parlementaire de la gouvernance du secteur de la Sécurité dans les pays du G5 Sahel »

0
179

 

Monsieur le Représentant spécial et Chef du Bureau des Nations-Unies pour l’Afrique de l’Ouest,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, Président en exercice du CIP G5 Sahel, Cher Alassane Bala Sakandé,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale du Niger, Cher Ousseini Tini,

Monsieur le Secrétaire Exécutif du CIP G5 Sahel, Cher Jean-Marie TRAORE Karamoko,

Messieurs les Présidents d’Assemblées du G5 Sahel,

Mesdames, Messieurs les Représentants des Organisations internationales, 

Mesdames, Messieurs, les Ambassadeurs,  

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,

Chers collègues, 

C’est un plaisir pour moi d’être ici, pour la première fois dans votre pays réputé pour les sourires de ces habitants. J’ai pu le vérifier. Le Burkina Faso, étymologiquement, veut dire le «pays des hommes intègres ». 

Et « Être intègre, c’est vivre et agir selon la loi universelle (…). Du plus profond de notre intégrité, (…) nous inspirons les autres non pas par des paroles, mais par l’exemple. » 

Je dois dire que cette définition résonne en nous, depuis notre arrivée, comme un message à livrer au monde alors que les menaces qui pèsent sur notre sécurité individuelle et collective sont aujourd’hui multifactorielles et convergent ici, au Sahel : 

  • Menaces sanitaires avec la Covid-19 
  • Menaces terroristes
  • Menaces économiques 
  • Menaces environnementales
  • Menaces sociales

Mais face à toutes ces menaces, vous ne baissez pas les bras. 

Votre détermination force l’admiration et dans cette ville, au nom historique Ouagadougou qui veut dire « lieu où on reçoit du respect », je puis vous assurer, Mesdames et Messieurs que vous avez celui de tous les parlementaires de l’APF et particulièrement de ceux de la délégation qui m’accompagne : Michèle Peyron, Philippe Courard, Bruno Fuchs, Jacques Maire et de notre conseiller Afrique, Bachir Dieye. 

Et depuis décembre 2018, à l’initiative de Jacques Maire, notre plaidoyer commun en faveur d’une dynamique interparlementaire a progressé pour aboutir à l’adoption de positions communes entre nos parlements membres.

Le comité interparlementaire G5 Sahel, est, en effet, pour l’APF, une instance stratégique régionale essentielle pour assurer la paix mais aussi pour favoriser le développement économique, social et politique de la région. Parce que nous savons que lutter contre le terrorisme, c’est aussi agir pour le développement et vice-versa. Pas de sécurité sans développement et pas de développement sans sécurité. Comme l’espoir. 

Cette conférence « Contrôle Parlementaire de la gouvernance du secteur de la sécurité dans les pays du G5 Sahel », qui rassemble parlementaires, experts, bailleurs, société civile et institutions, témoigne largement de votre volonté de rassembler tous les acteurs politiques et non politiques pour faire échec au terrorisme. Rassembler, travailler en transversalité et de façon coordonnée, c’est une nécessité pour faire face au terrorisme, qui est une guerre asymétrique. L’ennemi est invisible, fuyant, il peut être un voisin et même un proche. D’où la nécessité de changer nos approches. 

Ces orientations, plus intégrées, amorcent une transition vers une meilleure gouvernance démocratique.

Nous avons tous conscience aujourd’hui qu’il ne peut y avoir de paix sans un État de droitqui est protecteur et non prédateur. 

Un État de droit s’appuie sur la sécurité militaire et la justice. L’État de droit ne peut accepter que la loi du plus fort puisse s’exercer dans quelque endroit que ce soit. 

Et cet État de droit doit aussi favoriser la recherche permanente du dialogue intercommunautaire et interreligieux comme vous l’avez mis en œuvre. Ce dialogue ne peut se faire qu’au plus près du terrain, en proximité avec les habitants. 

Mais l’État de Droit c’est aussi la santé, les services publics, l’eau potable, l’agriculture vivrière, l’alimentation, le développement économique et bien évidemment, je veux aussi parler des registres d’état civil. Je n’ignore rien du fait que quand un enfant naît au monde, il faut d’abord tout mettre en œuvre pour qu’il garde la vie et je sais que le taux de mortalité infantile est très élevé dans vos pays. Mais œuvrer pour une meilleure prise en compte des mamans et des bébés n’empêche pas que les États, en lien avec les financeurs, s’engagent avec détermination contre le fléau des enfants sans identité. 

Sans identité, je peux vivre, certes mais je n’existe pas et je n’ai aucun droit ! Voilà les faits !

Avec un état civil, chaque individu est membre de la communauté nationale même s’il appartient à une ethnie dans laquelle il peut vivre avec ses traditions et sa culture. 

L’unité nationale ne se décrète pas. Elle se construit et elle peut mettre beaucoup de temps mais elle se doit de respecter la diversité culturelle et religieuse. 

L’unité nationale naît de cette reconnaissance individuelle et collective. Et c’est aussi permettre à ses enfants et surtout pour les filles d’accéder à l’éducation, source d’émancipation et de vivre en femmes et hommes libres et égaux en droits.  

L’enjeu c’est faire reculer l’analphabétisation, c’est en effet concourir à la construction de citoyens avisés et éclairés.

Oui les fichiers d’état civil sont les fondements des droits et de la Démocratie. Ils sont aussi les fondements d’un État moderne qui veut planifier ses équipements, ses infrastructures (écoles, hôpitaux) avec ces recensements.  Vous l’avez compris, ce sujet est un enjeu très fort pour l’APF. 

L’architecture institutionnelle d’un État de droit repose aussi sur la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judicaire. 

Alors osons affirmer haut et fort que seules les démocraties, enracinées dans des parlements efficaces et indépendants, sont de tous les modes de gouvernement celui qui incarne le mieux la souveraineté du peuple.

Mais le parlement ne peut exercer pleinement ses responsabilités de contrôle que s’il a un large accès à l’information et à l’expertise technique nécessaire. Et je sais que ce n’est pas simple. L’APF peut également vous dispenser des formations nécessaires dans ces domaines administratifs et politiques. 

Le parlement doit aussi permettre aux citoyens la possibilité de s’exprimer, ici, mais bien évidemment dans tous  nos parlements et notre APF, par des consultations régulières. Il est de notre responsabilité d’encourager la participation des habitants aux grandes décisions qui impactent leur quotidien.  

C’est ce que vous avez initié ici au sein de votre parlement avec un débat annuel sur ces questions de sécurité, afin que les parlementaires repartent dans leurs circonscriptions pour expliquer la situation aux habitants.  C’est tout le sens de vos journées de la redevabilité. 

Une Conférence parlementaire annuelle sur le thème des actions de développement présentées par les bailleurs pourrait aussi éclairer les parlementaires et donc les populations. 

Cette approche territoriale différenciée doit s’appuyer sur les collectivités dans une perspective de renforcement de la décentralisation. C’est ce que nous envisageons également de mettre en œuvre à l’APF avec nos chargés de mission régionaux. 

Un front uni de la Francophonie pour la sécurité en faveur du G5 Sahel permettrait de veiller à l’unité et à la cohérence d’une stratégie commune mais aussi de faire entendre notre voix au sein des institutions internationales et notamment à l’ONU pour renforcer la coopération et le multilatéralisme afin de relayer l’appel de vos chefs d’État pour faire aboutir à la mise en œuvre du chapitre 7 dans les pays du G5 Sahel.

Tous les parlements membres de l’APF doivent s’emparer de ce plaidoyer d’autant plus que les pays francophones sont maintenant majoritaires au sein des Nations-Unies. Alors mobilisons-nous tous ! C’est cela faire de la politique dans l’espace francophone ! 

Enfin, c’est par un front uni de la Francophonie, dans le domaine du développement, avecun plaidoyer commun, gouvernements, parlements et société civile de l’espace francophone, que nous pourrons aboutir à la suppression de la dette des États les plus défavorisés.

  Il y a en effet des réalités qu’il devient difficile d’ignorer : « plus de 60 pays parmi les plus pauvres au monde dépensent plus d’argent public pour rembourser leurs créanciers que pour financer leurs systèmes de santé ». La crise sanitaire que nous subissons va encore aggraver cette dette.

 Ce réaménagement de la dette pourrait s’accompagner pour les pays bénéficiaires d’un plan d’investissement dans les domaines des registres d’état civil, des listes électorales, de la santé et de l’éducation. Et nous parlementaires, de l’APF, du parlement panafricain, de l’Union des Parlements Africains, de l’UIP, nous devons légiférer pour faire entendre votre voix. C’est cela aussi faire de la politique.

Monsieur le président, Madame et Messieurs,

Pour vaincre le terrorisme et la violence, il faut regarder la réalité telle qu’elle est, en toute lucidité et ne pas imaginer un Sahel qui n’existe que dans les rêves, comme on me l’a dit hier. 

Et je mesure, depuis que je suis ici, parmi vous, cette intelligence collective qui vous habite avec surtout une détermination politique de tous pour contribuer à la consolidation de l’État de droit dans les pays du G5 Sahel. Mais aussi donner les moyens à tous de pouvoir manger, respirer, aller à l’école…

La route est longue et le chemin est semé d’embûches mais il est aussi emprunté par des hommes et des femmes qui refusent la fatalité de la haine, qui préfèrent la fraternité et l’amour de l’autre.

Pour le Sahel et pour nous-mêmes, nous n’avons pas le choix. Ensemble nous ferons entendre notre voix, aux accents multiples, pour que demain ce continent, comme le dit la chanteuse et actrice malienne Inna Modja
 en évoquant l’Afrique « devienne celui de l’espoir et des projets ». 

Oui, mes chers amis, c’est ainsi que demain, le Sahel deviendra « la Région des promesses et des opportunités » pour reprendre les mots du ministre Mauritanien des affaires étrangères le 6 juin dernier lors du conseil de sécurité de l’ONU.

Vive le Burkina Faso

Vive le Sahel

Vive la Francophonie

Merci à vous.