Mon allocution lors de la commémoration de la naissance de La Fontaine, devant sa statue, Jardin du Ranelagh

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Cher Patrick Dandrey, Président des amis de Jean de La Fontaine, 

Cher Marc Schwartz, Président Directeur général de la Monnaie de Paris, 

Monsieur Jacques Rao, Conseiller de la commission nationale française à l’Unesco,

Cher Nicolas Jobert du Théâtre de la Mascara de Nogent l’Artaud, 

Chers amis Lafontainiens, 

Chers amis francophones, 

En vos titres et qualité, 

« Qu’un ami véritable est une douce chose ». C’est à cette citation tirée de la fable Les deux amis que je pense alors que nous sommes réunis ici, à Paris dans le XVIème, autour de la statue de Jean de la Fontaine au jardin du Ranelagh à l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine à Château-Thierry. 

Oui cela fait plaisir de vous voir après ces temps difficiles que nous venons de traverser. S’ils ne sont pas encore totalement terminés, nous apercevons le bout du tunnel. 

Ne boudons pas notre plaisir de retrouver, tout en respectant les gestes barrières, une vie sociale, collective mais aussi d’échange autour de notre ami commun : Jean de La Fontaine. 

Mais pourquoi ici, au jardin du Ranelagh à Paris alors que je suis député de l’Aisne, ancien maire de Château-Thierry où est né notre bonhomme ?

Tout simplement parce que notre ambition est de nous retrouver sur les traces du fabuliste à qui, personnellement, je dois beaucoup. Traces qui nous mènent naturellement de Château-Thierry à Paris. 

Et comme « On tient toujours du lieu dont on vient », célébrer le 400èmeanniversaire de Jean de La Fontaine c’est aussi, pour moi, rendre hommage aux habitants du sud de l’Aisne et à ce territoire, terre natale de Jean Racine ou d’Alexandre Dumas. C’est aussi célébrer la langue française et les valeurs de la Francophonie. 

C’est ce que nous avons fait vendredi dernier, avec les ambassadeurs francophones lors d’un périple qui nous a menés de Villers-Cotterêts, avec la visite du chantier de la future Cité internationale de la langue française, jusqu’à Château-Thierry, dans les caves de Champagne :  Jean de La Fontaine ne disait-il pas ? « Je suis un homme de Champagne ». 

Et bien évidemment, nous nous sommes retrouvés devant la statue de Jean de La Fontaine que j’ai fait déplacer quand j’étais maire de Château-Thierry, pour qu’elle soit au centre de la ville et dans le cœur des habitants. 

Dans mes propos face aux ambassadeurs francophones, j’ai tenu à rappeler la place essentielle de la nature, de la campagne et des animaux dans l’œuvre de Jean de La Fontaine. Ce sont les paysages et les scènes de la ruralité du Sud de l’Aisne qui l’ont influencé. 

Mais, à l’âge de 20 ans, il part de Château-Thierry pour Paris pour entrer au séminaire, à la maison mère de l’oratoire où il était destiné à la prêtrise mais qu’il quitte rapidement.

Je ne vais pas ici faire l’inventaire tous les hôtels et autres demeures qui témoignent de la vie parisienne de Jean de La Fontaine… Mais ce que je peux néanmoins vous dire c’est que notre périple sur les traces de Jean de La Fontaine continuera à l’Académie française et à la Monnaie de Paris demain. 

Alors pourquoi le Ranelagh dans tout cela ? 

Le choix de nous retrouver au pied de cette statue pour notre premier rendez-vous parisien s’est imposé à nous pour différentes raisons. 

La première est que ce jardin porte le nom d’un diplomate mais aussi d’un parlementaire.  Il a été aussi un lieu de culture et de divertissement avec particulièrement le fameux bal du Ranelagh, la danse ! Et le divertissement fait bien évidemment, écho à l’état d’esprit qui a toujours animé Jean de La Fontaine. 

La seconde raison tient au fait que ce jardin est limitrophe de nombreuses ambassades : Gabon, Madagascar qui sont aussi des places fortes de la francophonie sans oublier qu’on y retrouve, dans ce jardin, des chênes, de la végétation qui font résonance avec les fables. 

Et puis il y a cette imposante statue de bronze du sculpteur portugais Charles Correia (1930-1988) qui a conçu cet ensemble en 1983. Elle représente La Fontaine, regardant à ses pieds le Corbeau et le Renard, l’une des fables les plus connues du monde, ce qui nous évoque de grands souvenirs, joyeux ou plus difficiles, de nos passages à l’école primaire.

Cette statue n’est pas l’originale et permettez-moi un peu d’histoire. 

La première a été réalisée par le sculpteur Demilatre en 1884.

A l’époque, on pouvait y admirer le buste de Jean de La Fontaine entouré par une femme et un enfant avec des ailes, peut-être une muse pour symboliser l’amour…  Mais aussi une série d’animaux : lion, serpent, renard, singe, chat, corbeau tenant dans son bec un fromage, les deux pigeons mais aussi des gerbes de blé… Bref une grande partie de l’univers des fables de Jean de La Fontaine. 

Cette première statue a été inaugurée en 1891. Elle a été financée par un comité présidé par Sully Prudhomme, poète et académicien qui a d’ailleurs occupé le fauteuil n°24, le même que celui de Jean de La Fontaine, un peu moins de 20 ans après le fabuliste. Il n’y a pas de hasard !

Détruite en 1942 lors de l’occupation allemande, la statue devant nous a été inaugurée en 1983.

Mais il y a aussi cet arrondissement, le XVIème qui rappelle ô combien la présence de Jean de La Fontaine dans le quartier. Il était accompagné par Boileau et surtout Jean Racine, son cousin par alliance après son mariage en 1647avec Marie Héricart, de la Ferté-Milon. 

Dans les maisons du 7 au 9 rue Mexico, Jean de La Fontaine et Boileau se réunissaient pour boire du lait pur de la campagne à la ferme Magu. 

Comme vous pouvez le constater, mes chers amis, même ici, à Paris, Jean de La Fontaine nous ramène à Château-Thierry, à la ruralité. 

Enfin, n’oublions pas que, porte de Molitor, un lycée porte le nom de Jean de La Fontaine. C’est pourquoi j’ai proposé que cet établissement scolaire puisse se rapprocher avec celui de Château-Thierry.

Il ne s’agit pas de réécrire la fable Le Rat de Ville et le Rat des Champs. Il s’agit surtout de permettre à nos jeunes de pouvoir échanger et s’enrichir de la ville et de la campagne mais aussi de démontrer que nous sommes tous interdépendants les uns des autres. 

Pour toutes ces raisons, c’était une évidence de nous retrouver devant cette magnifique et gigantesque statue. 

Et je suis particulièrement fier et heureux d’être accompagné par Patrick Dandrey, professeur émérite de la littérature du XVIIème siècle et Président des Amis de Jean de La Fontaine. 

Cet événement auquel nous vous avons conviés nous permet de découvrir davantage l’homme qu’il était mais aussi de célébrer son œuvre et démontrer à quel point les fables restent toujours aussi modernes et les morales toujours d’actualité. 

Elles relèvent même aujourd’hui de notre histoire collective. 

L’universalité de son œuvre témoigne du génie du fabuliste puisqu’il a été capable de créer un concept littéraire d’une qualité exceptionnelle qui l’a rendu « permanent » depuis le XVIIème siècle comme le souligne Patrick Dandrey. 

Les fables n’ont jamais, en effet, cessé d’être étudiées de 7 à 77 ans, en France mais aussi à l’étranger. Vendredi dernier, nous avons d’ailleurs vécu un moment que seul Jean de La Fontaine peut nous offrir : 17 ambassadeurs francophones ont lu des fables en français mais aussi dans la langue de leur pays, célébrant ainsi le respect de la diversité et l’universalité avec des messages politiques très forts.

Vous comprendrez alors à quel point l’homme de Champagne que je suis, ancien maire de Château-Thierry, député et Secrétaire général parlementaire de la Francophonie est fier et heureux de contribuer aussi activement à cet anniversaire. 

Il s’agit pour moi de célébrer l’homme et l’œuvre mais aussi de revenir, avec humilité et simplicité, sur les messages politiques et sociaux que recèlent les fables et qui ont guidé mon action politique depuis plus de 40 ans. 

Je suis, pour ainsi dire, né à l’ombre de Jean de La Fontaine et pourtant il me semble que j’ai encore tant à découvrir de lui tant l’œuvre est subtile et l’homme complexe.

Complexe parce que la légende voudrait qu’il ait été constamment distrait, désargenté, parasite ou encore libertin… On le dit paresseux ? …. Pourtant, n’a-t-il pas écrit 244 fables en 6 ans, mais aussi 64 contes, des romans en prose, deux livrets d’opéra, deux tragédies, deux comédies, un ballet, des épîtres, des sonnets, des madrigaux, des récits de voyage, des lettres, des élégies, des balades, ou encore des épigrammes ? … 

On le dit libertin. Peut-être… C’était surtout épicurien avec un goût prononcé pour toutes les beautés et les bonnes choses qu’offre la vie.

Mais ma première conviction profonde est que Jean de La Fontaine était un homme entier, sincère, fidèle en amitié qui chérissait la liberté : sa liberté d’abord, et celle des autres ensuite. C’est pourquoi son œuvre est un jugement impitoyable sur le pouvoir absolu du monarque, la lâcheté des courtisans, son dégoût pour les mensonges, la flatterie et l’attitude hypocrite de membres de la cour.

Ma seconde conviction est que même s’il s’est éloigné de ses terres champenoises, il n’a jamais oublié ses racines.

La précision des mots, les subtilités littéraires, la place donnée à la parole aux chats, chiens, loups, fourmis, cigales ou du corbeau et du renard que nous entendrons dans un instant grâce à la voix de Nicolas Jobert, acteur et metteur en scène du théâtre de la Mascara ont permis à La Fontaine de devenir un poète « pédagogue ». Son objectif était d’instruire par le divertissement. 

 Il ne s’en est jamais caché d’ailleurs. Dans la préface de son premier livre dédié au Dauphin, fils de Louis XIV, âgé de 7 ans, il annonce déjà l’objectif de ses fables : « Il convient que le jeu et l’amusement fassent partie des premières années du petit prince » mais en même temps lui rappellent « qu’il doit donner quelques-unes de ses pensées des réflexions sérieuses ». 

Dès cette première Préface, La Fontaine explique aussi au Dauphin pourquoi il a choisi de mettre en scène des animaux : « Les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés ; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l’abrégé de ce qu’il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. »

Plus tard, il dira « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. »

Ou encore « L’homme agit et il se comporte,
En mille occasions comme les animaux ». 

Le message ne peut être plus clair… 

C’est ainsi, de façon ludique, subtilement impertinente, que La Fontaine, contemplatif mais en même temps doué d’un rare sens de l’observation du genre humain, donne à réfléchir sur les défauts des hommes.

La critique est bien souvent redoutable mais masquée par des tableaux distrayants et apparemment naïfs. C’est là tout le génie du Fabuliste. On entre dans la fable par jeu sans y prendre garde et on n’en sort jamais totalement indemne. 

N’était-ce pas là un moyen à la fois efficace et innocent de braver l’interdit et de rester libre ? … 

Poète engagé, poète philosophe, l’œuvre de Jean de La Fontaine nous lègue donc en héritage un défilé d’animaux mémorables, des messages politiques et sociaux afin d’atteindre l’universalité des droits humains auquel l’humanité aspire. 

Lui rendre hommage est indispensable mais aussi l’écouter et s’approprier les messages sont toujours nécessaires.

Il appartient à chacun d’entre nous de faire que ces morales irriguent nos cœurs et nos esprits pour que Diversité soit notre devise et l’universalité notre horizon. 

Vive Jean de La Fontaine,

Vive la Francophonie 

Je vous remercie