Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation

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Dimanche 28 avril, j’ai participé à plusieurs cérémonies d’hommage aux victimes de la déportation, aux côtés des élus du territoire, des anciens combattants, responsables d’associations de souvenir et de nombreux citoyens. J’ai été particulièrement ému par les écoliers de Villers-sur-Fère, venus chanter sous la pluie le Chant des Partisans puis la Marseillaise. Bravo et merci à eux, à leurs parents et à l’enseignante qui les a motivés.

Retrouvez ici le propos que j’ai prononcé à l’occasion de cette Journée ô combien importante :

Triste similitude : l’actualité rejoint l’histoire. Nous rendons ce matin hommage aux victimes de massacres, de génocides, aux innombrables morts générés par la barbarie nazie et la Shoah et, dans le même temps, la terrible vague d’attentats au Sri Lanka nous rappelle à quel point la barbarie continue de frapper.
Alors ce matin, nous partageons le deuil des chrétiens du Sri Lanka, nous sommes tous chrétiens sri lankais, comme au fil des hécatombes, nous étions tous musulmans néo-zélandais, nous étions tous policiers, homosexuels, comme nous étions tous Charlie… Soyons tous humains et conscients que nous n’arrêterons ces horribles massacres que si nous parvenons à vraiment tirer les leçons de l’histoire.
Parce que le plus bel hommage que nous pouvons rendre aux victimes et aux héros de la déportation, c’est de savoir nous rassembler sous la bannière humaine, la seule qui vaille. C’est de savoir accepter l’autre tel qu’il est, de toute confession religieuse, de toute nationalité, de toute philosophie, de toute orientation sexuelle ou de toute obédience politique. 
C’est de savoir tendre la main, même à son pire ennemi et de savoir maintenir cette main tendue, en signe d’apaisement sincère, en signe de réconciliation, en signe de partage. 
Le temps n’est plus à la division, si nous voulons progresser, nous devons savoir nous rassembler. C’est la division du monde politique sri-lankais qui a empêché ses dirigeants d’éviter le massacre. 
Aujourd’hui, celui qui divise, à tous les niveaux, c’est celui qui affaiblit la collectivité. C’est celui qui favorise le repli sur soi, l’égoïsme et son cortège d’exclusion. Celui qui divise en pensant s’accaparer le pouvoir, c’est celui qui fait perdre tout le monde, à commencer par lui-même. Sachons nous montrer humbles face aux défis de notre temps et au regard de l’histoire. Sachons ne pas nous penser omnipotents, tout puissants ou plus intelligents que le commun des mortels. Car agir ainsi c’est faire le terreau des extrémistes, de tous ceux qui veulent fragmenter notre société.
Lors d’un déplacement en Arménie, je me suis rendu au mémorial du génocide arménien, à Erevan. J’ai pu comprendre l’état d’esprit qui anime les dirigeants de ce pays et la réelle volonté de concorde qui les guide. Nous serions bien inspirés de suivre leur exemple.

Récemment encore, le 12 avril dernier, à l’occasion de la commémoration en souvenir des victimes du génocide des Tutsis au Rwanda, j’ai écouté les survivants, marqués dans leur chair, marqués dans leur être le plus profond. J’ai écouté aussi Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, Organisation Internationale de la Francophonie. Permettez-moi de citer un extrait de son propos au sujet de ce génocide : 
« Moi, je me souviens tous les jours.

Je me souviens d’abord des membres de ma famille et de mon entourage proche qui ont trouvé la mort dans le cadre de cette opération de destruction humaine qui a causé plus d’un million de victimes en à peine trois mois.

Je me souviens aussi de l’angoisse de l’éloignement, des nouvelles funestes qui arrivaient par téléphone, de l’incapacité d’agir face aux images atroces qui défilaient sur les chaînes de télévision du pays qui m’avait accueillie quelques années avant les faits, les États-Unis d’Amérique.

Je me souviens de mon incompréhension face aux erreurs, à l’indifférence, à la lâcheté, à l’inaction et au manque de volonté politique de la Communauté internationale devant cette effrayante chasse à l’homme pour d’absurdes raisons.

Nous nous souvenons tous d’abord des victimes, auxquelles des hommages solennels ont été rendus. À Kigali, bien sûr, dimanche dernier, le 7 avril, date d’anniversaire, où le Président Paul Kagame, en compagnie des Présidents de la Commission africaine et de la Commission européenne, a allumé « la flamme du souvenir et de la vie » au mémorial national de Gisozi, où reposent plus de 250 000 corps. 

Ici, aussi, à Paris, le 7 avril, dans le « Jardin de la mémoire » du Parc de Choisy a eu lieu une vibrante cérémonie d’hommage, en présence de beaucoup de rescapés et de la cantatrice américaine Barbara Hendricks, ambassadrice honoraire du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés.

Je tiens à souligner comme des signaux positifs, courageux et encourageants, la décision de faire du 7 avril en France, la journée de commémoration du génocide des Tutsi, ainsi que la création d’une commission d’experts qui aidera à y voir plus clair sur le rôle de l’État français dans les événements de 1994. C’était l’annonce faite par le Président Emmanuel Macron au moment de cette commémoration. »

Oui, le président de la République a raison : il est grand temps que la France mette à disposition ses archives pour savoir ce qui s’est passé. 
Parce que le silence, pour les victimes, c’est la pire des choses, le plus cruel des dénis, comme le soulignait Simone Veil, qui a elle connu l’atrocité des camps de concentration : « Aujourd’hui, on refait beaucoup l’Histoire. On essaye de comprendre pourquoi on n’a pas plus parlé. Je crois que ça vaut la peine d’essayer de comprendre pourquoi mais qu’il ne faut pas refaire l’histoire autrement qu’elle n’a été en disant que c’est parce que les déportés n’ont pas voulu en parler, parce que les déportés ont cherché l’oubli eux-mêmes. Ce n’est pas vrai du tout. Il suffit de voir le nombre de rencontres qu’ils ont entre eux. Si nous n’avons pas parlé c’est parce que l’on n’a pas voulu nous entendre, pas voulu nous écouter. Parce que ce qui est insupportable, c’est de parler et de ne pas être entendu. C’est insupportable. Et c’est arrivé tellement souvent, à nous tous. Que, quand nous commençons à évoquer, que nous disons quelque chose, il y a immédiatement l’interruption. La phrase qui vient couper, qui vient parler d’autre chose. Parce que nous gênons. Profondément, nous gênons. »

Alors oui, il faut évoquer, écouter, commémorer. Adama DIENG, conseiller spécial pour la prévention des génocides au sein des Nations-Unies, nous le rappelait : « commémorer, c’est déjà faire acte de prévention. »

Aujourd’hui, nous commémorons, nous nous souvenons des morts. Ce souvenir doit nous émouvoir, nous amener à nous recueillir, mais il doit tout autant nous aider à mieux vivre, à mieux vivre ensemble. Vraiment.
Nous devons le faire pour les juifs déportés, nous devons le faire pour les chrétiens d’Orient, les musulmans de Nouvelle-Zélande, les homosexuels d’Orlando, les jeunes du Bataclan, les journalistes de Charlie Hebdo.
Nous devons le faire en commençant par aimer notre pays. Oui, aimons la France, la France des petits sentiers, des cartes postales, des champs de blé, des prés et des animaux.
Aimons la France en jaune, en rouge, en vert et en pas mure, mais aimons la en bleu, en blanc, en rouge. 
Aimons la France en black, blanc, beur quand elle gagne la coupe du monde mais pas seulement.
Aimons la France tout simplement !