Conférence des président.e.s de la région Europe à Athènes

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La Conférence des président(e)s de la Région Europe s’est tenue à Athènes, en Grèce, les 15 et 16 avril 2019 à l’invitation de la Présidente de la section grecque de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Mme Afroditi Stampouli.

Sur ces terres vouées à l’universel, les 18 délégations des sections de la Région Europe de l’APF ont jeté les bases d’une réflexion sur la modernisation du fonctionnement de l’APF et la reconquête du français et du multilinguisme dans les instances européennes.

Dès l’ouverture solennelle, M. Jean-Paul Wahl, Chargé de mission Europe, M. Anastasios Kourakis, Vice-Président du parlement Hellénique, Mme Sia Anagnostopoulou, Ministre déléguée aux Affaires étrangères de la République Hellénique, Mme Afroditi Stampouli, Présidente de la Section grecque de l’APF, et M. Jacques Krabal, Secrétaire général parlementaire de l’APF, ont donné le ton de la journée.

La Grèce est le berceau de la civilisation européenne et de la démocratie. Elle nous rappelle que la diversité culturelle s’exprime par la langue française et le multilinguisme. Leur promotion dans l’espace européen est à l’ordre du jour.

Les travaux ont débuté par une série d’exposés qui avaient pour thème l’apprentissage du français en Grèce : le rôle de l’Institut français et de l’Université Aristote de Thessalonique, membre de l’Agence universitaire de la Francophonie, qui participent au rayonnement du français au sein du pays. Le jumelage entre les villes de Serres (Grèce) et de Fosse (France) a été cité comme exemple du renforcement de l’identité européenne et de soutien à la Francophonie.

Le Président de la communauté congolaise des immigrés vivant en Grèce a insisté sur la solidarité qui a été mise en œuvre pour favoriser leur intégration grâce à la langue que nous avons en partage.

Le Président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie France-Grèce a rappelé, quant à lui, que le développement de la langue française dans les entreprises n’était pas évident : « Portée par des valeurs culturelles, elle doit devenir aussi une langue des affaires » a-t-il insisté.

L’après-midi, le Président de la section française de l’APF, M. Bruno Fuchs a partagé les conclusions de la mission parlementaire d’information sur l’usage du français dans les institutions européennes et sur la revalorisation du multilinguisme à la suite du Brexit. Elles devraient permettre de faire respecter, avec fermeté, ni plus ni moins la diversité culturelle au sein de l’Union européenne (article 1er du Traité sur l’Union Européenne).

Les députés présents ont réaffirmé avec force que le déclin de l’usage du français et du multilinguisme n’est en aucun cas une fatalité. Leur engagement est total pour qu’il retrouve la place qui devrait être la sienne.

Des propositions concrètes ont été définies à cet effet. Elles reposent sur une stratégie politique commune avec les chefs d’États, les gouvernements et les parlements francophones pour apporter plus de cohérence à l’action et sur une coopération mutualisée.

La modernisation du fonctionnement de l’APF a été aussi envisagée. Elle doit s’appuyer sur « la prise en compte par vos parlements respectifs du suivi des résolutions et des propositions adoptées lors des différentes instances de l’APF  » a insisté le Secrétaire général parlementaire, Jacques Krabal.

Les président(e)s de la Région Europe ont approuvé une méthode d’évaluation plus précise pour mieux mesurer et quantifier les résultats du suivi des résolutions dans leur parlement d’origine.

La prochaine Assemblée régionale Europe se tiendra dans le Jura à l’automne 2019.

Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé en ouverture de la conférence.

Votre Excellence Monsieur Anastasios KOURAKIS, Vice-Président du Parlement hellénique,

Madame Sia ANAGNOSTOPOULOU, Ministre déléguée aux affaires étrangères de la République hellénique,

Monsieur le Chargé de mission Europe, Cher Jean-Paul WAHL, Madame Afroditi STAMPOULI, Présidente de la Section grecque de l’APF

Messieurs les Présidents de Parlements,

Cher(e)s collègues parlementaires,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants du Corps diplomatique,

Honorables invités,
Cher(e)s ami(e)s francophones

C’est toujours avec grand plaisir que je m’adresse à vous à chacun de nos rendez-vous et plus particulièrement, aujourd’hui à l’occasion de l’ouverture de cette conférence des Présidents de la Région Europe ici, à Athènes.

Athènes, berceau de la civilisation européenne, cité plusieurs fois millénaire où se mêle à la fois l’histoire d’un peuple « au courage indomptable» pour reprendre les mots de Jules Verne,et celui de l’humanité toute entière éprise de liberté.

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L’histoire de la Grèce et son apport à l’humanité sont inestimables comme le sont les valeurs fondamentales de paix et de justice sociale qui unissent chacune et chacun d’entre nous. Elles constituent l’essence même de la Francophonie parlementaire.

Et je tiens à saluer l’engagement de la section grecque et de sa présidente, Mme Afroditi STAMPOULI, active à tous nos travaux. Et je tiens à remercier son Premier Vice-Président, M. Anastasio KOURAKIS qui nous honore de sa présence.

Comment ne pas se rappeler que c’est ici qu’est née la démocratie athénienne de l’antiquité. Certes, très différente de la démocratie moderne.

Aujourd’hui, les notions historiques de « Demos » et « Cratos », (pouvoir et peuple) sont au sein des manifestations dans bon nombre de nos pays et posent la question de la démocratie représentative. Nous devons engager les réflexions sur les évolutions nécessaires pour unedémocratie plus participative. Et je serai intéressé par votre expérience concernant le vote obligatoire. Mais au-delà de ces aspects, ce qui doit nous interpeller, comme l’a dit la présidente de la section grecque, hier soir, c’est comment redonner du sens à l’action collective alors que l’individualisme et l’égoïsme se développent dans nos démocraties au même titre que les populismes et les extrêmes.

Mais l’apport de votre pays à la Francophonie ne se résume pas seulement à votre glorieux passé. La Grèce construit l’avenir.

En témoigne l’accord historique entre la Macédoine du Nord et la Grèce signé à Prespa, ratifié en début d’année par vos assemblées respectives, toutes deux membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

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Vos dirigeants ont su trouver la force des mots ainsi que le courage politique pour dépasser ces conflits.

Puissions-nous encourager nos amis des pays des Balkans à retrouver le dialogue et promouvoir les réconciliations pour renforcer la paix.

Mais l’apport de la Grèce à la Francophonie, c’est aussi sa langue. La langue française, tout comme le roumain, l’espagnol, l’Italien ou le portugais sont issus de la langue latine, toute une panopliede mots trouve ses racines dans le grec ancien.

Ici et partout, nous devons renforcer l’apprentissage de notre langue et du multilinguisme parce que la langue joue un rôle fédérateur entre les peuples.

Elle est aussi indissociable de la culture dans toutes ses expressions. Elle est un véritable vecteur de progrès humain.

Et notre présence à Athènes nous rappelle enfin combien la civilisation hellénique a marqué le monde entier.

De la philosophie aux sciences, du théâtre à la poésie, des mathématiques à la botanique, nous ressentons encore et toujours l’influence de l’antiquité.

1 (du grec ancien panoplia = armure)

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La diversité culturelle témoigne ici, à Athènes, des progrès de l’humanité et souligne son importance fondamentale à l’ouverture à l’autre dans toute sa dimension fraternelle et de solidarité, autant de valeurs que porte notre assemblée.

Est-ce sous l’influence d’Esope que Jean de la Fontaine, né à Château- Thierry, dans ma circonscription déclarait : « La diversité c’est ma devise».

Alors oui, notre diversité culturelle c’est notre force. Elle révèle que la Francophonie parlementaire n’est pas seulement un concept. C’est au contraire une réalité culturelle, spirituelle et institutionnelle. Et osons le dire : un projet politique d’avenir.

Avec ses 87 parlements, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie représente une institution bien vivante, en perpétuel mouvement. Et je salue les nouveaux parlementaires qui nous rejoignent après les dernières consultations.

La nouvelle dynamique que nous avons amorcée ensemble en 2018 se concrétise avec l’arrivée de la nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie.

Son Excellence Mme Louise Mushikiwabo a la lourde et passionnante tâche de moderniser notre maison commune et de donner un nouveau souffle au projet politique de la Francophonie. L’APF prendra toute sa part à cette réflexion qui nous mènera, ensemble, au Sommet de Tunis en 2020.

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Dès maintenant, la Secrétaire générale, nous invite, après nos premiers échanges, à une stratégie politique commune avec les chefs d’états, les gouvernements et les parlements francophones pour apporter plus de cohérence à l’action et à une coopération mutualisée pour davantage de visibilité à nos institutions.

L’APF sera enfin consultée, conformément à la charte, et associée pour porter sa voix au sein de l’ONU et dans les instances internationales.

Ensemble nous solliciterons le financement d’autres institutions pour des projets communs (enfants sans identité, éducation, égalité femmes- hommes mais aussi non-prolifération des armes nucléaires, lutte contre le terrorisme, migrations, etc.).

Parallèlement et pour répondre à la modernisation des institutions, le Bureau a validé, sur proposition du président François Paradis, le projet d’amélioration du fonctionnement de notre assemblée avec trois axes prioritaires : agilité, transparence, efficacité….

C’est pourquoi, notre plateforme collaborative sera de nouveau ouverte dès le 9 mai prochain afin de recueillir vos propositions, suggestions et contributions sur cet aspect et sur notre cadre stratégique. Il sera validé en session plénière, à Abidjan, en juillet prochain.

Nous avons besoin de toutes les sections pour co-construire la Francophonie parlementaire à la fois plus ambitieuse et plus pragmatique.

Et dans ce cadre, vous le savez, l’impact des travaux de notre assemblée dépend en grande partie de la manière dont vos Parlements assurent le suivi des résolutions et des propositions adoptées lors des différentes instances de l’APF.

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Notre conférence nous permettra d’ailleurs de faire un point sur l’appropriation par nos parlements des résolutions adoptées en juillet dernier et de vous proposer une méthode d’évaluation pour mesurer et quantifier les résultats.

Mesdames et Messieurs,

Ces évolutions de nos institutions doivent s’inscrire toujours en lien avec la pensée de Léopold Sédar Senghor et s’appuyer sur son socle : la langue française et multilatéralisme.

La promotion et le rayonnement de notre langue mais aussi du multilinguisme dans les instances internationales et européennes demeure donc l’un des axes centraux de notre stratégie politique.

Y renoncer serait abdiquer. Ce serait même renier notre héritage.

Or, nous avons tous conscience que si le déclin de l’usage du français et du multilinguisme est une réalité, il n’est en aucun cas une fatalité. Cela ne dépend que de nous.

Rien ne justifie cet appauvrissement de la diversité linguistique au sein de l’Union Européenne à 27 (post-Brexit), où seuls 1 % des 446 millions de citoyens de l’UE sont natifs anglophones.

L’heure n’est plus aux lamentations mais à l’action collective que nous avons engagée :

  • –  Avril 2018 : reconstitution du forum des eurodéputés francophones,
  • –  Mai 2018 : Déclaration de Bucarest, impulsée par Jean-Paul Wahl et inspirée par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles
  • –  Mars 2019 : Colloque dans ce même Parlement
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– Avril 2019 : réunions multilatérales aux Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en France et à l’OIF

Je tiens à saluer le rôle déterminant de Andréas PAPSTAVROU, votre représentant à Bruxelles et de Stéphane Lopez de l’OIF sur cette question.

C’est un enjeu politique majeur.

C’est pourquoi une stratégie partagée avec la Secrétaire générale, les parlementaires francophones, l’OIF, les représentants permanents des états au sein de l’Union européenne est engagée.

Elle devrait permettre de faire respecter, avec fermeté, ni plus ni moins la diversité culturelle au sein de l’Union européenne (article 1 du Traité sur l’Union Européenne).

Nous souhaitons que la Grèce, par la voix de votre ministre des affaires étrangères, Georges Katrougalos, apporte son soutien pour rassembler tous les collègues sur ce sujet avant la fin de la présidence roumaine en juillet.

Nous, parlementaires de l’APF, nous devons être aussi à l’offensive pour que nos futurs eurodéputés constituent un intergroupe dédié à la Francophonie et au multilinguisme. Je vous invite donc à les sensibiliser à cet enjeu dès maintenant.

Enfin, aujourd’hui sur les 28 pays qui composent l’Union Européenne, 16 sont membres de l’OIF et 11 parlements européens adhèrent à l’APF.

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Ne serait-il pas temps pour gagner en influence d’engager une réflexion pour que ces 5 parlements rejoignent aussi l’APF. C’est une proposition que je soumets à vos débats.

Mesdames et Messieurs,

C’est une nouvelle fois, ici, à Athènes, sur ces terres vouées à l’universel que nous sommes invités à jeter les bases d’une réflexion sur la modernisation de nos institutions et la reconquête du français et du multilinguisme dans les instances européennes.

Et si je devais encore vous en convaincre, je laisserais les mots du poète

grec francophone, Daniel Aranjo, résonner dans cette enceinte : « Le grec rend plus vivant mon français, (…) Cette rencontre entre des cultures diverses rend à ma langue, je l’espère du moins, une brûlante actualité et une nouvelle force. Elle fait jaillir un geyser langagier qui porte le français à l’extrême pointe du modernisme » et c’est ainsi, avec vous, que nous ferons de la langue française une langue de création, capable d’inventer l’avenir d’exprimer des idées neuves…

Je vous remercie

Vive l’APF, Vive l’Europe.