Intervention de Jacques Krabal, nouveau Secrétaire général de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie

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Jeudi 1er février, Jacques Krabal, député de l’Aisne, a été nommé Secrétaire général de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, un poste international au service du développement de la langue française et des territoires.

Le Président de l’Assemblée Nationale, François de Rugy et le président du Sénat, Gérard Larcher ont désigné Jacques Krabal, député de l’Aisne au poste de Secrétaire Général de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Cette désignation au poste international a été confortée le 24 janvier lors de la séance plénière de l’installation de la section française de l’APF que le député coprésidait avec le sénateur Philippe Mouillé. Jacques Krabal a pris ses fonctions le 1er février lors de la réunion du bureau de l’APF.

Devant le bureau réuni (90 députés et 60 sénateurs), le nouveau secrétaire général de la Francophonie a affirmé que son action s’inscrirait dans la continuité de ces prédécesseurs tout en souhaitant apporter une dynamique nouvelle à l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Une feuille de route claire, lisible et concrète avec des objectifs mesurables a été proposée.

>> Retrouvez ici le discours de Jacques Krabal:

INTERVENTION DE JACQUES KRABAL

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PARLEMENTAIRE DE LA FRANCOPHONIE
RÉUNION DE BUREAU
PARIS –  1 er ET 2 FÉVRIER

En qualité de nouveau Secrétaire général parlementaire de l’APF, je vous souhaite tout d’abord la bienvenue. Je souhaite aussi vous faire part de mon immense joie et de ma fierté à assumer ces fonctions au service de notre Assemblée. Cette réunion de bureau qui se déroule, ici, salle Lamartine, et dans l’immeuble Jacques Chaban-Delmas ne sont pas le fait du hasard. Alphonse Lamartine, écrivain romantique et poète mais aussi homme politique était engagé, déjà, en faveur d’Europe des peuples, la liberté et la paix, des valeurs qui sont au cœur de la Francophonie. C’est sous la présidence à l’assemblée Nationale de Jacques Chaban Delmas que s’est constituée la 1ère section française de l’APF. C’était le 25 mai 1966 !

Alors oui, mes chers collègues, c’est un grand honneur et je mesure toute la responsabilité qui m’incombe, pratiquement 51 ans après la création de l’Association internationale des parlementaires de langue française le 17 mai 1967.

Déjà, à sa création, M Marigoh, président de l’Assemblée Nationale du Cameroun insistait sur le fait que « la Francophonie n’est pas une idée préconçue. Elle n’est pas un produit de l’imagination. Elle apparaît comme une réalité historique, humaine, culturelle déjà existante. Nous n’avons pas à créer de toutes pièces la Francophonie (…) Nous sommes conviés à organiser la Francophonie. C’est à dire à lui donner des structures à mieux la définir et à lui assigner des objectifs qui puissent être un instrument souple mais efficace au service de ce que nous estimons être la communauté spirituelle de nos peuples ».

Mes chers amis, n’oublions pas que si l’histoire de la langue française est longue, celle de la Francophonie institutionnelle est donc récente. Mais par ses contributions fondamentales au rayonnement de la Francophonie, telle que l’avaient rêvée les pères fondateurs ; Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Norodom Sihanouk et Hamani Diori, elle est devenue, un ensemble constitué et une force nouvelle, dans laquelle l’APF est un acteur incontournable.

Et je veux saluer tous les députés, engagés au sein de l’APF et qui pour diverses raisons ont dû quitter leurs fonctions. Je souhaite aussi rendre hommage à mes prédécesseurs immédiats, M Jacques Legendre, M. Pascal Terrasse et Mme Michèle André. Par leur engagement inlassable en faveur de la Francophonie, ils ont contribué à renforcer le rôle de l’APF et à lui donner une dimension internationale. Acteur engagé de la solidarité entre les parlements et vigie de la démocratie, l’APF joue, aujourd’hui, un rôle majeur dans l’espace francophone. Notre rapport d’activités va l’exprimer : programmes de développement parlementaire, actions de coopération programme Noria, d’égalité femme-homme et ceux à destination de la jeunesse…

Il nous appartient donc, à nous parlementaires de l’APF de porter et d’accompagner cette ambition comme l’ont fait avant nous, nos prédécesseurs. A notre tour, nous donnerons corps à la pensée de Léopold Sédar Senghor : « ce sont les peuples, qui par l’intermédiaire de leurs élus pousseront les gouvernements à aller de l’avant ».

Dans ce monde incertain, en perpétuelle mutation, où les équilibres se font et se défont, la Francophonie représente, une force de stabilité. A l’ère de la mondialisation et des risques qu’elle engendre, la Francophonie représente une troisième voie.

Il y a quelques années, Edouard Glissant, essayiste et écrivain martiniquais affirmait d’ailleurs « Ce que l’on appelle mondialisation qui est l’uniformisation par le bas, le règne des multinationales, la standardisation, l’ultra libéralisme sauvage sur les marchés mondiaux, pour moi c’est le revers négatif d’une réalité prodigieuse que j’appelle la mondialité » et il continuait « La mondialité c’est l’aventure sans précédent qu’il nous est donné à tous aujourd’hui de vivre, dans un monde qui, pour la première fois, réellement, et de manière immédiate, foudroyante, se conçoit à la fois multiple, unique et inextricable. »

Pour lui, si la mondialisation procède d’un nivellement par le bas, la mondialité est au contraire le développement d’une humanité nouvelle respectant la diversité des cultures. « La diversité est ma devise » chantait Jean de la Fontaine, né à Château-Thierry, dans la fable Pâté d’anguille. Elle peut devenir aussi celle de la Francophonie.

Alain Mabanckou, écrivain et enseignant franco [ ]congolais exprime aussi à sa manière cette idée en écrivant dans le monde est mon langage « Le défi consiste à rapporter de nos différentes “appartenances” ce qui pourrait édifier positivement un destin commun et assumé»

Mes chers collègues, la Francophonie ne serait-elle pas finalement cette mondialité en action ? et pourquoi pas, osons le dire : La Francophonie ne serait-elle pas « l’antidote » à la mondialisation ? A travers la langue française, a pris forme, en effet, une vision de l’universel, mis au service d’un projet démocratique et du développement économique et culturel. « La Francophonie n’est pas une langue mais une civilisation capable d’assurer l’avenir du Monde » affirmait André Malraux.

Nous devons bien avoir conscience que la Francophonie est devenue, aujourd’hui, une puissance mondiale, en termes d’influence, de démographie, de coopérations, d’échanges économiques, technologiques et scientifiques entre Etats et Gouvernements.

C’est la raison pour laquelle, nous devons inscrire notre action dans la continuité de nos prédécesseurs et à l’ambition affichée des pères fondateurs « La francophonie est une culture qui, dépassant la langue seule, se conçoit comme le moyen de faire participer les peuples qui en font partie à la civilisation de l’universel, seule détentrice d’un certain nombre de valeurs. » (Léopold Sédar Senghor- 1966) mais aussi avec la volonté de mieux répondre aux attentes du monde, en perpétuelle évolution.

Les propositions du cadre stratégique (2014-2018) dont l’APF s’est dotée à l’initiative de M. Pascal Terrasse ont été réalisées et nous pouvons nous en féliciter. La programmation quadriennale de l’OIF s’achève aussi.

2018 permettra donc, collectivement, et ensemble d’ouvrir une nouvelle page de notre histoire commune. Il s’agira pour nous de renforcer la francophonie sur ses fondements culturels historiques et le respect de nos valeurs tout en prenant en compte les enjeux d’aujourd’hui et qui vont aller grandissants encore demain.

Je veux, ici, parler de la nécessité d’appréhender les relations Nord/ Sud dans tous les aspects économiques, environnementaux mais aussi démographiques.

Sur ce dernier aspect, on estime à  275 millions de francophones dans le monde, dont à peu près la moitié sur le continent africain. Un chiffre qui ne cessera d’augmenter dans les décennies à venir du fait de l’énorme croissance démographique du continent. Selon une étude de L’OIF, l’Afrique regroupera en 2050 environ 85 % des francophones du monde, sur 715 millions de locuteurs, à condition que la scolarisation continue de progresser sur le continent, et que le français y demeure une langue enseignée.

Saisissons-nous de ces préoccupations. L’enseignement du français sous la forme d’un plan Marshall, comme le propose l’OIF, est le premier niveau de la réponse à apporter pour donner des perspectives d’avenir à ces habitants et à la francophonie. Cela va de pair avec la nécessité bien évidemment d’augmenter les crédits de développement, un engagement du président de la République et il sera mis en œuvre progressivement. C’est la conjugaison de ces actions qui permettront à ces pays d’avoir un avenir alors qu’aujourd’hui leur seule perspective c’est l’immigrer et de fuir la misère, la guerre et pour une majorité les deux à la fois ? Alors oui, c’est à nous aussi, institutions francophones de se saisir de ces préoccupations pour démontrer que nous pouvons la transformer en une chance pour tous ces hommes, femmes et enfants mais aussi pour l’humanité.

Oui c’est ensemble que nous tracerons e une trajectoire nouvelle à notre assemblée, fidèle à nos valeurs, en lien avec le plan numérique du président Jacques Chagnon, l’actualité internationale et les grands évènements francophones comme le sommet de l’OIF auquel je souhaite que notre Assemblée prenne une large part. Je ne conçois pas mes fonctions de secrétaire général parlementaire sans transparence et sans un travail en parfaite collaboration avec toutes les sections de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie.

Je connais votre détermination. Ensemble, au sein l’APF, nous contribuerons au développement de la francophonie et nous serons porteurs d’une ambition commune de solidarité et de dialogue internationale en faveur de la paix et du développement économique et culturel.

Si le monde a besoin de la Francophonie, je suis convaincu que la Francophonie a besoin de l’APF et de toutes ses sections et la France se doit d’être au premier rang. Il y a donc une nécessité à ce que notre assemblée puisse faire entendre sa voix, la voix des peuples que nous représentons.