En 2015, soyons des militants de la Fraternité et de l’Amour

En 2015, soyons des militants de la Fraternité et de l’Amour
Commentaires fermés sur En 2015, soyons des militants de la Fraternité et de l’Amour, 09/01/2015, by , in Actualités, Cérémonies, Circonscription, Territoire

Oui, les circonstances de cette cérémonie sont tout à fait particulières. Nous sommes tous en colère, nous sommes atterrés, nous sommes abattus, nous sommes en deuil. Aujourd’hui, la France est en deuil, le monde est en deuil. Mais ce deuil ne doit pas entamer notre volonté de vivre ensemble, notre détermination à résister à la barbarie. C’est pourquoi nous avons tenu à maintenir ce rendez-vous.

Le discours de voeux :

Monsieur le sous-préfet,

Madame la conseillère générale et présidente de la communauté de communes,

Messieurs les conseillers généraux,

Mesdames, messieurs les élus en vos diverses qualités,

Monsieur le commandant de la compagnie de gendarmerie,

Monsieur le commandant du commissariat de police,

Monsieur le commandant des sapeurs-pompiers,

Mesdames, messieurs les chefs d’établissements, chefs d’entreprises, artisans, commerçants, professions libérales, responsables d’administrations,

Mesdames, messieurs les présidents d’associations, les syndicalistes,

Messieurs les représentants des cultes,

Mesdames, messieurs les journalistes,

Mesdames, messieurs, chers amis,

Oui, les circonstances de cette cérémonie sont tout à fait particulières. Nous sommes tous en colère, nous sommes atterrés, nous sommes abattus, nous sommes en deuil. Aujourd’hui, la France est en deuil, le monde est en deuil. Mais ce deuil ne doit pas entamer notre volonté de vivre ensemble, notre détermination à résister à la barbarie. C’est pourquoi nous avons tenu à maintenir ce rendez-vous.

Alors, merci de votre présence à tous, qui que vous soyez, quels que soient votre statut et votre place dans notre ville ou dans notre société. Nous sommes là, tous dans notre diversité, ensemble, rassemblés pour nous souhaiter une bonne année 2015 ! Bonne année à vous, à vos familles, aux associations, entreprises, institutions, administrations que vous représentez et à toutes les causes que vous défendez. Plus que jamais, nous devons nous rassembler et échanger ces vœux sincères et chaleureux.

Ce rendez-vous donne du sens au vivre ensemble. Ce soir, au-delà de nos croyances, de nos opinions politiques, nous exprimons notre engagement collectif au sein de la communauté des humains.

La cérémonie des vœux, c’est souhaiter aussi à celles et ceux qui sont dans la souffrance, maladie, chômage, solitude, pauvreté, une année 2015 moins dure. Comment oublier la misère grandissante ? Merci à tous ces travailleurs sociaux, ceux du CCAS, du Conseil Général, à tous ces bénévoles associatifs qui œuvrent pour retisser du lien social, Secours populaire, Secours catholique, Emmaüs, Croix-Rouge, et, bien évidemment, les Restos du Cœur. Merci aux grandes surfaces, Leclerc, Intermarché, Carrefour qui aujourd’hui s’engagent à ne rien jeter.

Mais tourner la page de 2014, c’est dire au-revoir à des personnalités illustres et à des citoyens de notre ville qui nous ont quittés. C’est avoir une pensée pour eux et leur rendre hommage. Je pense ce soir à monsieur le préfet Hervé Bouchaert, à Nicole Bastien, à Jacques Royer-Crécy, à Claude Lamy, à Catherine Digard, à Thierry Epinette. Je pense bien évidemment à Pierre Lemret, notre ancien maire parti à 101 ans. Je pense aussi à Georges Tevissen, homme de cœur et d’engagement, à Patrick Levert, à Andrée Coorevits et à Mme Michèle Chopart partie récemment. Merci à eux de tout ce qu’ils ont fait pour nous.

Les vœux, c’est également un temps d’échange et de réflexion.

Ce soir, comme chacun d’entre nous, je suis juif, je suis musulman, je suis catholique, je suis agnostique, je suis franc-maçon, je suis bouddhiste, je suis protestant, je suis athée, je suis Charlie, je suis policier, je suis libre, je suis citoyen de la République française, je suis citoyen du monde.

Ce soir, nous sommes réunis pour exprimer notre compassion, aux proches des 12 victimes de cet attentat monstrueux perpétré contre le journal satirique Charlie Hebdo.

Oui, Charlie Hebdo est un journal satirique, un journal qui prône l’humour, qui ne pratique ni la haine ni le rejet de l’autre, simplement qui utilise la caricature pour dénoncer les travers de notre société.

Face à la plume de ces dessinateurs, de ces journalistes, des fanatiques ont utilisé les armes à feu, ils ont tué des hommes, des femmes pour leur liberté de ton, leur liberté d’expression. En tirant sur nos caricaturistes et sur nos policiers, ils en ont fait des héros et s’ils ont pris leurs vies, ils ne pourront jamais détruire leur œuvre. Car la République servait la presse, les fonctionnaires de police étaient de service pour garantir la liberté d’expression des journalistes.

Non, ces terroristes n’ont pas tué Charlie Hebdo, ils n’ont pas tué l’esprit, ils ont assassiné 12 personnes, parmi lesquelles les caricaturistes Cabu, Charb, Wolinski, Honoré et Tignous, ainsi que le chroniqueur économique Bernard Maris et deux policiers qui faisaient leur devoir.

N’oublions jamais le lourd tribut que paient chaque année les forces de sécurité publique, sapeurs-pompiers, gendarmes et bien évidemment policiers, dans notre pays, pour nous protéger, pour nous secourir, pour sauver des vies et garantir l’ordre public, donc la liberté. Sans ordre, sans sécurité, pas de République. Gardons présent à l’esprit leur dévouement à la collectivité.

Aujourd’hui, avec ces hommes et ces femmes, c’est à la République dans son intégrité qu’on a porté atteinte. Ce sont ses valeurs fondamentales que les trois terroristes ont bafouées. C’est notre socle commun qu’on a voulu détruire. Mais on ne peut pas bâillonner, on ne peut pas tuer la liberté, ici, chez nous, en France.

Alors, après le temps de la stupeur, après le temps du recueillement, il faut que nous assumions tous ensemble, élus et citoyens, le temps de l’action. A cet attentat, à la mort de ces 12 personnes, à cet acte barbare, ce n’est pas seulement une réponse conjoncturelle qu’il convient d’apporter. Ce qu’il faut, c’est une réponse sur le fond, sur la signification profonde de ces crimes pour notre société.

Bien sûr, nous appelons au rassemblement et à l’unité. Mais cette unité, c’est jour après jour qu’il faut la construire et la consolider, notre société doit se réunir, se rassembler autour des valeurs qui en sont le socle.

Hier, des journalistes ont été tués, en plein coeur de Paris, en plein coeur de notre pays, la France. Tués pour avoir joui d’une des bases de notre démocratie, la liberté. Mais, chaque jour, des gens sont tués à travers le monde pour cette même liberté. Là, si nous sommes plus marqués, plus traumatisés par cet attentat, c’est parce qu’il a eu lieu sur le territoire national, dans le pays de la liberté d’expression. Et bien, cet assassinat doit générer une révolution à travers le monde. Oui, nous devons prendre la relève de Charb, de Wolinski, de Cabu, de Tignous, d’Honoré, nous devons, jour après jour, défendre la liberté, la liberté de penser, la liberté d’expression, mais aussi la liberté de choisir un culte ou de choisir de ne pas croire en quelque dieu que ce soit.

Oui, nous devons réaffirmer, avec force et détermination, les valeurs de notre pacte républicain, nous devons les porter au plus haut pour que plus jamais elles ne soient menacées. Pour cela, nous, citoyens de France et du monde, nous devons nous les réapproprier, ne pas les laisser dévoyer et confisquer aux mains d’extrémistes, de populistes, qui se les accaparent pour mieux servir leurs idéologies de haine et de rejet de l’autre.

Pour imposer leur intolérance, ceux-là utilisent la peur. Or, nous ne pouvons pas céder à cette peur. Elle n’a pour seul objectif que de nous faire taire et de détruire ce qui nous relie. La peur, c’est l’arme des lâches, de ceux qui ne veulent pas confronter leur pensée à celle des autres mais qui veulent abattre la démocratie pour faire régner leur ordre ! Souvenons-nous des années de Terreur après la Révolution française. Souvenons-nous aussi de 1936 et de Franco. Souvenons-nous des années 30 et de la montée du nazisme.

Non, jamais plus la dictature ne doit avoir droit de cité chez nous. Nous sommes et nous devons rester un pays républicain, un pays laïc et un pays de libertés, de toutes les libertés.

Attention, liberté ne veut pas dire laxisme. Aujourd’hui, les valeurs de la République sont trop souvent bafouées en toute impunité, les règles du vivre ensemble sont trop souvent méprisées au profit de la loi du plus fort. L’incivilité s’exprime, elle méprise les lois de la République et elle fragilise le vivre ensemble, jusqu’à prendre des proportions monstrueuses comme celles que nous avons connues hier.

Mais personne ne peut bâillonner Marianne, personne ne peut tuer au nom d’une idéologie, au nom d’une religion ou au nom d’une appartenance, quelle qu’elle soit. Personne ne peut s’affranchir des lois de notre pays pour imposer son intolérance.

Et, pour que l’exigence collective puisse se renforcer, il faut aussi de l’exigence individuelle. Ce coup de semonce qui touche notre République appelle une réaction des républicains et des démocrates.

Oui, comme nos Résistants, nous avons un combat à mener contre l’oppresseur. Mais, l’oppresseur de notre société est bien insidieux, il est en chacun d’entre nous quand nous oublions de porter ce qui fonde notre République. Depuis trop longtemps, nous laissons le terrain libre à ses agresseurs. Ils n’ont pas de religion, ils n’ont pas d’origine ethnique, ils n’ont pas de couleur de peau. Gardons nous bien de tout amalgame.

Aujourd’hui, l’oppression naît de tous nos manquements. Elle naît des affaires qui entachent notre monde politique, elle naît du laxisme qui laisse ses enfants partir à la dérive et se réfugier dans le sectarisme de tout crin. Elle naît de la manipulation des populistes et des experts en démagogie qui n’ont qu’une réponse à tous nos problèmes : c’est la faute de l’autre, c’est la faute de l’immigration, c’est la faute de la crise, c’est la faute du gouvernement, c’est la faute du chômage, c’est la faute de la pauvreté qui explose elle aussi.

Et bien non ! Si tous ces sujets sont d’une grande complexité, nous devons regarder sans concession cette réalité pour mieux la comprendre et réagir. Non, ce n’est pas la faute de l’autre si nous en sommes là ! C’est notre responsabilité collective et c’est à nous qu’il revient de remédier à cet état de crise !

Chacun d’entre nous, quelle que soit sa place dans la société, doit jouer son rôle de citoyen, doit assumer sa fonction d’être social et tout faire pour que le vivre ensemble soit une réalité partagée, sans exclusif. Mais c’est avant tout à notre classe politique, à nos responsables nationaux de tirer la nation vers le haut, d’élever les citoyens et de garantir le pacte républicain.

Oui, le monde politique a un rôle déterminant à jouer et force est de reconnaître qu’il ne l’assume pas. Il faut le dire, si nous en sommes là, les gouvernements de Droite et de Gauche qui se sont succédé depuis 35 ans en sont en grande partie les responsables. Et si nous ne changeons pas, demain les mêmes causes produiront les mêmes effets parce que nous savons que les solutions miracles n’existent que chez les démagogues. Et ce n’est pas ceux-ci qui feront progresser notre société, bien au contraire, eux ne souhaitent que régression, repli sur soi et rejet de l’autre.

Si la politique est aujourd’hui rejetée, c’est malgré tout assez normal, quand on voit toutes les promesses non tenues depuis 35 ans, souvenons-nous : nous sommes au bout du tunnel, les feux sont au vert, la croissance est revenue, inversion de la courbe du chômage, etc. J’en passe et des meilleurs.

Et pour autant la politique, c’est l’aménagement de la cité, la vie des gens. La politique c’est ce qui tient ensemble les Français. Et cette dépression nationale que nous vivons avec difficulté vient pour beaucoup de l’absence d’une vision de la France. Si nous sommes pessimistes, ce n’est pas seulement du fait des mauvais résultats en matière d’emploi, mais c’est le manque de perspectives communes qui empêche de croire en l’avenir, qui empêche les entreprises d’investir et les citoyens d’accepter la réforme.

Et puis, nous nous rendons compte, surtout en France, qu’en politique, il n’y a plus d’homme providentiel depuis 30 ans. Nous en avons assez de ces chefs qui ont gouverné ou qui aspirent à re-gouverner ou à gouverner pour la première fois et qui n’ont que le « je », le « moi » à la bouche, ou qui nous disent nous ne voulons voir qu’une seule tête. Le pouvoir pour soi et pour les copains et l’esprit partisan ont montré toute leur limite. Il n’est plus possible de continuer de gouverner la France en opposant un camp contre un autre. L’alternance politique pour reprendre le pouvoir n’est pas un projet et ne doit plus être une finalité. Ce qu’il faut, c’est vouloir assumer des responsabilités pour répondre aux attentes des gens et pour cela il faut que nos responsables politiques apprennent à travailler et à gouverner ensemble. Ce qui apparaît peu probable, tant ce sont les logiques partisanes qui semblent dominantes. En 2015, refusons cette orientation et que les mascarades théâtrales que vous voyez le mardi et le mercredi à l’Assemblée nationale cessent pour rassembler les partis républicains dans un cadre de cohésion nationale comme le font d’autres démocraties, avec par exemple l’Allemagne. Arrêtons de nous faire des croche-pieds sur tous les sujets, c’est comme ça qu’on fait tomber la France. Rappelons-nous plus que jamais Jean de La Fontaine qui disait : « toute puissance est faible à moins que d’être unie ». Rappelons-nous encore et prenons pour exemple le Général Charles de Gaulle : condamné à mort par Vichy, déchu de sa nationalité et spolié de tous ses biens, lui ne parlait jamais de son cas mais seulement de la France. Et du rôle que les Français pouvaient jouer pour se sauver eux-mêmes. Jusqu’à ce que fut rétabli le soleil de notre grandeur, il ne s’arrêta jamais aux misères qui le frappaient personnellement. C’est le « Nous » en politique, dans le privé, dans les associations, qui permet l’émergence de la créativité, de l’innovation. Oui, la solution est dans le « nous » collectif et pas dans le «je » individualiste.

Le drame qui secoue notre pays, personne ne pouvait à ce point le redouter. Puisqu’il a eu lieu, nous devons le vivre comme le dernier signal d’alarme : le danger est là, il a déjà frappé et les dégâts seront pires encore pour notre société si nous ne tirons pas la leçon qui s’impose de la mort de nos compatriotes. Il est temps, c’est impérieux, de réagir, d’avoir ce sursaut républicain qui seul pourra nous sauver de dérives plus terribles encore. Plus rien ne doit être pareil après ce 7 janvier 2015. Il marque en quelque sorte notre 11 septembre 2001. A nous, à nos dirigeants de prendre le mal à sa racine et d’agir pour que la société retrouve ses bases, son assise, avant tout organisée sur le vivre ensemble.

En 2015 sortons de cette société d’affrontements, de critiques. Réinventons la médiation. Dans notre société médiatisée, au risque d’être sur-médiatisée, il convient de rendre sa place à la réflexion. Sachons fabriquer du consensus plutôt que de la division.

Dans une société branchée, au risque de s’en trouver parfois débranchée, il faut rebrancher les esprits avec l’Espoir, reconnecter les hommes avec l’Humain.

Dans une société bloquée, il faut débloquer les processus de relations humaines et sociales.

Dans tous ces sens, accepter la médiation, c’est savoir remédier et donc remédier particulièrement à l’intolérance, à l’esprit partisan, synonymes d’excès de passion, d’égoïsme et d’indifférence.

2015 s’ouvre sur un bien triste constat, celui de l’état de déliquescence de notre sens de l’autre, de notre aptitude à vivre ensemble. Pour autant, de grands rendez-vous nous attendent au cours de cette année, il nous faut les vivre pleinement et savoir nous en imprégner pour progresser vers un monde meilleur, un monde qui choisisse l’humain pour coeur de ses préoccupations.

Oui, nous avons sur le territoire de nombreuses réalisations, de nombreuses manifestations qui doivent nous permettre de retrouver confiance, force et optimisme.

Parce que, quand l’humain disparaît, quand la peur et la dictature l’emportent, c’est le nazisme, c’est Hitler !

Et il y a un anniversaire que nous devons fêter avec le même engagement que celui du Centenaire de la Première guerre Mondiale. Merci aux Anciens Combattants, aux enseignants, aux historiens d’avoir porté toute une série d’évènements, sur tout notre territoire et particulièrement ici à Château-Thierry, avec ce 11 novembre 2014. Il fut mémorable avec tous ces citoyens, ces jeunes, nous avons rappelé notre hommage à ces jeunes hommes qui ont donné leur vie pour notre liberté. Et que nous n’oublions pas !

Eh bien, en 2015, oui avec le même engagement, et peut-être même encore plus, nous commémorerons le 70ème anniversaire de la victoire des Alliés contre le nazisme. Il ya 70 ans, et dès ce mois de janvier, avec le début de la libération des camps de la mort : un 27 janvier 1945, des enfants sont libérés du camp d’Auschwitz, le plus grand camp de l’atrocité humaine jamais découvert au monde. Des millions de costumes d’hommes, 800 000 tenues féminines et plus de 7000 kg de cheveux, 60 000 survivants à Bergen Belsen, 20 000 à Buchenwald. Sur 6 millions de juifs morts pendant la Shoah, 2.7 millions ont péri dans les camps de concentration et d’extermination. Les homosexuels, les détenus politiques, les communistes et les démocrates n’ont pas été épargnés par cette folie meurtrière. Ces faits sont historiques, je sais qu’ils gênent ceux qui veulent nier cette page dramatique de l’histoire du monde. Cette folie s’appuie sur l’idéologie du racisme, de la xénophobie et de la haine de l’autre. Alors, mes chers amis, ensemble, en 2015, militons, encore avec toujours plus de force, pour faire reculer ces idées populistes qui s’appuient sur des valeurs de haine et de refus de l’autre.

En 2015, soyons des militants de la Fraternité et de l’Amour. Eluard disait : « si leur voix faiblit, c’est nous qui périrons. » Il en va de même pour le papier, « un journal qui meurt, c’est un peu de la démocratie qui disparaît ».

Alors, en 2015, année de la voix, défendons toutes les libertés et en particulier la liberté d’expression. Chacun et chacune d’entre nous, portons les voix de toutes ces victimes des camps pour leur dire que nous ne les oublions pas, mais surtout que nous combattons sans relâche les démons qui ont ruiné leurs vies. Portons les voix de Charb, de Wolinski, de Cabu, de Tignous, d’Honoré, les voix des deux policiers, les voix des 12 victimes pour leur dire que nous prenons leur relève.

Oui, 2015 c’est l’année de la voix à Château-Thierry.

La voix est la musique de l’âme, disait Barbara. La voix reflète notre personnalité, elle est le point de rencontre entre notre corps et notre cerveau. L’un lui donne une existence physique, le second lui confère une portée intellectuelle.

Mais la voix, c’est celle du chanteur qui nous charme et nous émeut. C’est celle du poète qui nous transporte et nous émerveille. C’est aussi celle de la révolte, quand le peuple s’insurge ou refuse l’oppression.

La voix, c’est celle d’un Charles de Gaulle qui appelle à la Résistance, c’est celle d’un Martin Luther King qui exhorte à l’espérance.

Oui, la voix c’est avant tout la liberté et si nous avions choisi, en 2014, le papier pour thématique culturelle, c’était aussi pour porter les valeurs de liberté. Nous voyons tout particulièrement ces jours-ci à quel point notre liberté est fragile, à quel point elle peut être mise à mal. Alors, en faisant entendre notre voix en 2015, c’est la voix de la liberté que nous partageons, celle d’un Cabu, celle d’un Charb, celle d’un Tignous, celle d’un Wolinski, celle d’un Honoré, celle des policiers morts pour la liberté et pour la République, celle des 12 victimes du fanatisme et de l’obscurantisme. Messieurs les artistes, vos corps sont morts, vos voix sont éteintes maintenant, mais votre œuvre vous survit, elle doit nous guider sur la voie la plus humaine qui soit.

La voix soulève des montagnes, quand elle entraîne la foule sur la bonne voie.

La voix est aussi capable de déclarer la guerre que de chanter la paix, comme l’ont fait nos jeunes choristes français du Lycée Jean de La Fontaine et allemands de Mosbach au printemps dernier.

Et puis, de tous temps, la voix a été un formidable outil de l’émancipation, en faisant chanter les esclaves ou s’exprimer les femmes, nos suffragettes qui réclamaient le droit de faire entendre leur voix par le vote.

La voix rassure, la voix cajole, elle console, elle raconte, elle décrit, elle explique, elle peut mentir, trahir, tuer même par la violence des mots. Mais elle peut avant tout unir les humains, qu’elle relie les uns aux autres.

Voix de la raison, voix de la sagesse, voix du cœur !

Elle nous livre à l’autre, incomparable outil d’échange, même si elle peut taire ou ne pas tout dire.

Il arrive que la voix soit celle qu’on voit, même si on ne l’entend pas. C’est alors le langage des signes qui permet aux personnes sourdes de ne pas être muettes et de se faire comprendre.

La voix nous guide, « ma voix vous montre la voie », chantait le poète.

La voix, c’est ce magnifique instrument qui nous est offert à la naissance, du premier cri salvateur au dernier soupir. Elle est le vecteur de notre communication, l’expression de nos émotions, parfois jusqu’à nous laisser sans voix…

Vox populi, vox dei, la voix du peuple est la voix de Dieu : outil de notre démocratie, cette voix nous la donnons à celles et ceux que nous choisissons pour nous représenter et faire entendre la nôtre.

« La parole fonde la citoyenneté », disait Platon. Chez les Grecs anciens, la philosophie se disait de vive voix, la transmission était orale également chez nombre de peuples.

Alors, citoyens du monde, en 2015, utilisons notre voix pour dire notre pensée, pour échanger, débattre et progresser, pour faire reculer l’obscurantisme et la barbarie.

Parce que le vivre ensemble est toujours à réinventer, et la liberté sans cesse à reconquérir, ne baissons pas les bras, ne nous taisons pas.

Et gardons toujours, toujours, présente à l’esprit la citation de Paul Claudel : « on croit que tout est fini, mais alors il y a toujours un rouge-gorge qui se met à chanter. »

Bonne année à tous.

About Jacques Krabal

Jacques Krabal est député de l'Aisne et maire de Château-Thierry. Il siège à l'Assemblée nationale depuis juin 2012. Il est membre de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire. En tant qu'invité à la Conférence environnementale de septembre 2012, il a été invité à se prononcer au sein du Comité pour la Fiscalité Ecologique (CFE). Il est président du groupe d'études "papier et imprimés".