Journée commémorative de l’abolition de l’esclavage à Villers Cotterêts

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Veuillez trouver ici le discours que j’ai prononcé aujourd’hui 10 mai 2014 à l’occasion de la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage à Villers Cotterêts en présence de Georges Pau Langevin, Ministre des Outre-mer qui a fait le déplacement à titre privé.

 

Mesdames et Messieurs, nous voici réunis ici, ou l’Histoire retient que c’est ici à Villers-Cotterêts, que les ordonnances de 1539, furent signées par François 1er, qui a fait de la langue française non seulement  la langue du territoire de France et de notre nation. Mais le Français c’est aussi : la langue des idées, des principes et des valeurs imprescriptibles énoncés par nos pères lors de la révolution française. Ce sont ces principes et ces valeurs  qui furent portés à travers le monde par tous les peuples en quête d’une vérité simple mais universelle : la liberté ; l’égalité ; la fraternité.

L’Histoire retient que c’est aussi à Villers-Cotterêts que naquit, en 1802, un géant de la littérature et de la culture Française, un homme extraordinaire dans le sens le plus absolu du terme, du fait de l’époque qui le vit naître et de ses origines qui déterminèrent sa condition : Alexandre Dumas ! Fils du 1er Général d’origine Afro-Antillaise de l’armée Française, il était aussi le petit fils d’une esclave noire de Saint-Domingue.

Mesdames et Messieurs,  mais l’Histoire retiendra hélas que c’est aussi ici à Villers-Cotterêts qu’aujourd’hui, il en est qui se refusent à commémorer l’abolition de l’esclavage, 166 ans après qu’elle a été proclamée, par la 2ème république, le 27 avril 1848, à l’initiative de Victor Schœlcher. Ceux-là et leur parti ont 166 ans de retard ! S’il se trouve aujourd’hui un grand nombre de personnes pour croire qu’ils pourraient représenter l’avenir, je leur dis qu’ils se trompent. Par ce seul geste, ils prouvent qu’ils sont la régression pour notre société ! Il suffit de faire référence aux propos qui ont été tenus ici même, par qui vous savez. Comparer l’exploitation de la misère des peuples avec ce qu’a été l’esclavage est, au mieux, un raccourci issu de l’ignorance, au pire une provocation gratuite. Comparer la commémoration de la fin de l’esclavage avec celle de la fin de la peste est outrageant et outrancier. Comparer une épidémie à l’acte intentionnel d’asservir un peuple du fait de sa couleur est la marque d’une idéologie inacceptable. C’est au nom de cette idéologie et rien d’autre que l’on se refuse à commémorer cette cérémonie aujourd’hui. Comment accepter cela ? Comment peut-on accorder une seule voix à ce parti qui nie la réalité de ce que furent l’esclavage et la Shoah ? Comment peut-on le suivre et y fonder ses espoirs ? D’abord il faut rappeler aux dirigeants de ce parti et à ses électeurs que l’esclavage et la traite sont les grands drames de notre histoire. Oui ils furent des millions ! Oui ils furent enchainés, ils furent déportés d’un continent à l’autre ! Ils furent battus, asservis ! On leur prit tout, leur liberté, leur dignité, leur vie, leurs rêves, leurs espoirs, leurs joies. On leur retira le nom d’Homme pour en faire du bétail.

Cela dura des siècles ! Et pendant tous ces siècles, Un long cri de douleur de souffrance traversa l’Afrique d’Est en Ouest, du sud vers le nord.

Ce cri résonne et fait écho à toute l’humanité parce que la traite et l’esclavage furent les premiers crimes contre l’humanité.

Voilà ce que nous devons dire au parti de Jean-Marie LE PEN et contrairement à ce qu’ils veulent nous faire croire : Non ! L’esclavage, pas plus que la Shoah, ne sont des détails de l’Histoire !

Si nous commémorons ici à Villers-Cotterêts l’abolition de la traite et de l’esclavage, ce n’est pas pour nous référer au passé jusqu’au point d’en devenir prisonniers. C’est pour comprendre, pour unir et pour construire !

Pas plus que la mémoire humaine ne doit oublier la Shoah, elle ne doit oublier ce que fut la traite négrière ! L’une et l’autre expriment une leçon à valeur universelle. Les cris jaillis des prisons de Gorée sont les mêmes que ceux qui s’évadaient des camps de la mort.

Oui ! La dureté du monde où nous vivons, la crise que traverse l’Europe, le doute qui se répand dans notre pays sont des réalités. Mais pour autant, comment pouvons-nous nous laisser aller à voter pour un parti qui nous conduira dans cette impasse et qui nous amènera à revivre ces horreurs ? Oui ! L’heure est grave ! Ressaisissons-nous ! Se ressaisir pour nos enfants, nos petits-enfants, nos arrières petits-enfants pour qu’ils de revivent jamais ça ! Mais se ressaisir aussi pour nous-mêmes, pour notre conscience personnelle, la nôtre. Parce que nous nous savons !

Alors dénoncer ceux qui ont la mémoire courte et qui sont victimes d’amnésies volontaires. Nous devons leur dire et leur crier que nous tous, nous savons.

Oui ! Nous savons ce que signifient l’esclavage, la traite, la Shoah, les camps de la mort !

Alors ensemble, agissons et barrons la route à celles et ceux qui ne veulent pas regarder, qui ne veulent pas entendre, qui ne veulent pas savoir, pour prospérer sur l’oubli de soi et sur l’indifférence à l’autre.

 

L’Histoire ne s’efface pas ! On ne la gomme pas ! Comme ils veulent le faire ici !

Si l’esclavage a disparu en France, la haine, le mépris, le racisme et la xénophobie  en sont le pendant et sont toujours là. Oui Aimé Césaire ! Le Racisme est toujours là ! Il n’est pas mort ! Il prend d’autres formes, d’autres visages, il se camoufle, il est de plus en plus vivant. Il est rampant. Mais il ne veut pas dire son nom. Aussi, il doit être combattu sans faiblesse et sans répit, partout en France et particulièrement ici, à Villers-Cotterêts. C’est ce que nous faisons ce matin. Mais il faut continuer sans relâche et faire mourir la bête immonde dont le ventre est encore fécond.

Je profiterai encore de ce que nous sommes ici, à Villers-Cotterêts, pour rappeler à certains qu’Alexandre Dumas n’était pas que l’un des plus grands écrivains Français de tous les temps. Mais l’écrivain, lui, se considérait comme un Nègre avec des cheveux crépus et la société française, qui le percevait comme tel, lui a fait subir les pires préjugés racistes toute sa vie durant »…Il s’en trouvait pour écrire : « Il pue le Nègre. Ses cheveux sentent le Nègre. Il est venu ; ouvrez toutes les fenêtres ».

En voulant, comme on le dit ici, honorer seulement l’écrivain Dumas,

mais en niant sa négritude, et le lien entre Dumas et l’esclavage pour des considérations idéologiques et politiques, et bien on favorise encore et toujours la discrimination et le Racisme. Voilà encore la vérité.

Rassemblons-nous autour de nos valeurs essentielles ! Soyons conscients de notre Histoire ! Regardons-la avec franchise et honnêteté pour la dépasser sans rien effacer. C’est la condition de notre Unité.

Mais la France doit être fière de sa diversité, dans l’Hexagone, comme en Outremer et bien évidemment, également ici, à Villers-Cotterêts. Tous les citoyens à travers leurs identités, leurs parcours, leurs singularités, leurs origines sont autant d’atouts pour la richesse de notre pays. Ils sont bien plus que des héritiers. Ils sont les bâtisseurs de notre avenir ! C’est la paix des mémoires réconciliées qui permettra à la France d’être plus forte pour relever les défis de son temps.

Luttons contre le chômage, la misère, la faim et l’ignorance partout dans le monde. Soyons les artisans de l’amitié, de la fraternité et du vivre ensemble. Alors tous ensemble, mobilisons-nous contre les artisans de la haine !

Et plus que jamais, sans plus attendre, sachons résister, mais pas demain ou après demain parce que ce sera trop tard.

Mais résistons dès aujourd’hui ici et maintenant !