Mission “médias” : vive le livre !

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« Que serais-je sans livres, et surtout, sans avoir lu ? » Oui, que serions-nous sans livres et sans papier ?

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le président de la commission, mes chers collègues, en tant que président du groupe d’études « Papier et imprimés », je suis particulièrement attentif aux actions menées par le Gouvernement dans les domaines touchant au livre et à l’écrit. J’y ajouterai le papier. Comme cela a été rappelé, le secteur du livre est en difficulté. La rentabilité moyenne des librairies indépendantes se situe entre 0,6 % et 2 %, selon le Syndicat de la librairie française. Parallèlement, la vente par Internet de livres imprimés a augmenté. À cet égard, je salue le plan de soutien aux libraires indépendants évoqué tout à l’heure par Mme la ministre et Mme la rapporteure.

De nouvelles pratiques de lecture apparaissent, et le commerce électronique prend son essor. Dans ces conditions, soutenir le livre suppose de défendre à la fois le réseau des librairies et la diversité du catalogue des éditeurs, dont dépend l’offre proposée aux lecteurs. 96,7 % des crédits du programme 334 « Livre et industries culturelles » de la mission « Médias, livre et industries culturelles » sont consacrés à l’action « Livre et lecture ». Cette action vise à favoriser le développement de la création littéraire, à encourager la pratique de la lecture et à soutenir la chaîne du livre. Cette chaîne comprend les auteurs, les éditeurs, les libraires et les bibliothèques. Cette action est fondamentale : y consacrer un volume de crédits conséquent est un signe fort. Le montant des crédits s’élève à 305,5 millions d’euros, soit une augmentation de 23,3 % des autorisations d’engagement.

La création culturelle peut et doit être encouragée par l’incitation à la lecture et par la lutte contre l’illettrisme, grande cause nationale en 2013. Concernant la lecture publique, notre pays a la chance de disposer d’un maillage important de bibliothèques. La France compte quelque 4 000 bibliothèques municipales et 97 bibliothèques départementales de prêt. C’est en visitant les bibliothèques que nous nous rendons compte, pour celles et ceux qui en douteraient, que le papier et l’imprimé forment un couple.

Nous fêterons en 2015 le bicentenaire de la naissance de Jean Macé. Ayant vécu à Monthiers, dans le sud de l’Aisne, il a été l’initiateur des premières bibliothèques. Il écrivait, au moment de l’adoption des grands textes sur les bibliothèques scolaires, en 1862 : « le complément de l’école primaire, c’est la bibliothèque populaire. » Cela reste valable aujourd’hui. Il faut rappeler que l’existence de bibliothèques est une chance pour l’économie du livre. La loi du 18 juin 2003 relative à la rémunération au titre du prêt en bibliothèques fixe notamment les modalités de rémunération des auteurs et des éditeurs pour le prêt de leurs livres en bibliothèque.

Comme l’a dit mon collègue Thierry Braillard, le budget pour 2014 baisse avec discernement. Il fait la part belle à une véritable politique de promotion de la lecture publique dans les territoires où l’offre de lecture est la plus réduite. Cette politique s’adresse aussi aux jeunes : 109 contrats territoires lecture ont ainsi été conclus pour une durée de trois ans.

La numérisation progresse, la dématérialisation entraîne une véritable révolution, mais le livre en papier est toujours au coeur de la vie des Français. Il ne s’agit pas d’opposer le livre au numérique, mais il faut demeurer très vigilant quant à la question des droits numériques, dans un contexte désormais international. Même si les usages évoluent, l’acte de lire ou d’écrire demeure intimement lié au papier.

Soutenir le livre, c’est aussi soutenir le support papier. Soutenir le livre, c’est soutenir une filière économique qui emploie aujourd’hui près de 200 000 personnes dans notre pays. Soutenir le livre, c’est soutenir un secteur qui s’ouvre à l’économie circulaire, au développement durable, mais également à l’économie sociale et solidaire. Soutenir le livre, c’est soutenir une industrie qui ne cesse d’innover : les papiers innovants en témoignent, de même que les écoles spécialisées, comme le Centre technique du papier et INP Pagora à Grenoble. Soutenir le livre, comme cela a été dit tout à l’heure, c’est aussi soutenir notre langue, et donc notre pays et la francophonie, qui est née avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts, édictée en 1539 par François 1er.

Enfin, soutenir le livre c’est soutenir notre patrimoine, notre culture. Je suis fier d’être le député d’une circonscription qui a hébergé de nombreuses plumes célèbres dans le monde entier, comme Alexandre Dumas, ou Jean de la Fontaine qui écrivait dans la fable Le singe et le léopard : « Ce n’est pas sur l’habit que la diversité me plaît, c’est dans l’esprit ». Jean Racine est né à la Ferté-Milon, et Paul Claudel à Villeneuve-sur-Fère. Ils nous rappellent que la lecture, l’écriture et la création sont des outils essentiels à l’épanouissement des hommes.

Pour conclure, je citerai Érik Orsenna. Dans son ouvrage intitulé Sur la route du papier, il écrit : « Que serais-je sans livres, et surtout, sans avoir lu ? » Oui, que serions-nous sans livres et sans papier ? Nous comptons donc sur vous, madame la ministre, pour promouvoir et affirmer partout la filière du livre, du papier et de l’imprimé. Le groupe RRDP votera bien évidemment les crédits de cette mission.